« Tous les problèmes sont locaux, toutes les solutions sont à Bruxelles »

10 juil. 2008, PAR Acteurs Publics
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Michel Barnier, ministre de l’Agriculture et de la Pêche, a parlé des questions européennes et des réformes au sein de son ministère, lors des Rencontres de la modernisation de l’État.

Le ministère de l’Agriculture est le seul ministère dont la politique est européenne depuis 50 ans : « Depuis le Traité de Rome, nous décidons avec les autres des normes, des orientations politiques et du budget. Tous les problèmes sont locaux, sur le terrain, avec des crises quotidiennes et des hommes et des femmes qui en souffrent. Et toutes les solutions sont à Bruxelles », explique le ministre. Pour 2050, le défi est de doubler par deux la production, alors que d’autres problèmes se présentent : l’environnement, l’urbanisation et l’irruption d’agents pathogènes créant des crises sanitaires imprévisibles, comme celle de la fièvre catarrhale ovine (maladie de la langue bleue).
Les deux grands défis de la Pac ont été relevés au niveau de la sécurité alimentaire. Nous avons un modèle alimentaire, diversifié, traçable, avec une longue tradition d’AOC, ce qui n’existe pas dans les agricultures américaine et chinoise. « Nous ne voulons pas d’une alimentation aseptisée », explique le ministre. En outre, la Pac a mis en place une organisation territoriale : il y a des petites exploitations partout en Europe. La Pac coûte 100 euros par an et par habitant. « Que coûterait le prix de la non-Pac ? s’interroge Michel Barnier. C’est la seule vraie politique européenne, qui mutualise les politiques nationales, donnant à l’Europe une autre dimension que celle d’un supermarché. » Si on faisait le même effort de mutualisation au niveau européen pour la recherche, « on aboutirait à 2 % au lieu de 0, 40 % pour la recherche », explique-t-il.
Pour un développement juste, il faut un modèle administratif et territorial. Pour Michel Barnier, son ministère est avant tout un outil au service d’un projet, autour de trois axes :

  1. un outil diplomatique : les décisions sont prises à 27. « On a besoin de se connaître pour décider ensemble », souligne le ministre, qui a visité chacun des 26 pays de l’Union en un an. « Pour toute politique, tout fonctionnaire devrait avoir un parcours européen ou du moins savoir comment ça se passe ».
  2. le lieu d’un dialogue : l’agriculture est l’une des activités les plus anciennes de nos sociétés : produire pour nourrir. Elle semble parfois mise à l’écart alors qu’elle est au cœur de nos sociétés. Toutes les occasions sont bonnes pour un débat public, comme lors du Grenelle de l’Environnement. « Le Grenelle ne pouvait pas être réussi, mis en œuvre sans le secteur agricole », rappelle Michel Barnier. Il annonce d’ailleurs la mise en place d’un plan de réduction de moitié des produits phytosanitaires d’ici dix ans dans l’agriculture française, et veut mettre en place la valorisation énergétique (énergie solaire, biomasse, photovoltaïque) des exploitations françaises d’ici 12 ans.
  3. mettre l’accent sur la recherche et l’innovation : la clé de la réussite de tous ces projets pour rendre l’agriculture moins dépendante des produits pétroliers.

Rationalisation et prospective sont les maîtres mots de cette réorganisation, explqiue-t-il. « Une cellule de 200 agents est chargée de rassembler des outils statistiques. Je veux que les documents soient lisibles, rendus publics, qu’ils puissent intéresser les think tank d’autres pays ». La direction générale de l’Alimentation a été réorganisée, en s’appuyant sur l’échelon régional et sur les services déconcentrés, tout comme les établissements publics, qui passent de 5 à 1 et désormais une seule autorité de paiement. « L’organisation du ministère est aujourd’hui terminée, elle a été publiée au Journal officiel la semaine dernière, je n’ai pas eu besoin de la RGPP pour le faire », conclut le ministre.

Cécile Prévost

Acteurs Publics