
http://www.acteurspublics.com/2010/01/11/norbert-alter-les-agents-publics-peuvent-affronter-la-concurrence
Norbert Alter : “Les agents publics peuvent affronter la concurrence”

Le statut public des agents est-il compatible avec une entrée de leur entreprise dans la concurrence ?
L’expérience des vingt dernières années montre qu’avoir été un ex-monopole public n’empêche pas l’efficacité. EDF, la SNCF ou France Télécom sont devenus des leaders sur leur marché, alors que l’on ne leur donnait pas trois ans de survie après l’ouverture à la concurrence. Concernant le statut des agents, c’est la même chose. Il est tout à fait compatible. Ce qui motive les personnes, ce n’est pas uniquement l’appât du gain et l’avancement individualisé. On voit un nombre important de fonctionnaires de catégorie A, B ou C motivés par la volonté de bien faire, dès lors qu’ils obtiennent une reconnaissance sociale de la part de l’entreprise.
Le statut d’agent public a pourtant des particularités que n’a pas un contrat de travail classique…
Pendant très longtemps, le lien qui unissait l’État à ses agents avait tout du “pacte” et moins du “contrat”, au sens classique du terme. Il y avait une stratégie donnant-donnant entre l’agent et la direction. Par exemple : les agents acceptaient des tâches ingrates et mal payées en début de carrière, mais ils savaient qu’ils pourraient retourner dans leur région d’origine après un certain nombre d’années. Ces arrangements créaient du lien. Le problème est que ce pacte a été rompu. Lorsque le P.-D.G. de France Télécom demande un nouveau contrat social, il reconnaît implicitement que sa “rupture” a créé un profond malaise.
Les agents du public sont-ils suffisamment préparés à affronter la concurrence ?
Le problème est que l’on ne reconnaît pas que les agents publics sont déjà capables de faire face à de nouvelles contraintes. L’attachement à la valeur du service public est essentiel à leurs yeux, c’est une véritable ressource avec laquelle les managers doivent composer au lieu de faire passer l’idée que c’est une contrainte. En période de grandes tourmentes, le fait de bénéficier de la sécurité de l’emploi permet aussi aux agents de prendre des risques, de travailler efficacement, parce que le statut les protège de la sanction de leurs éventuelles erreurs.
*Auteur de Donner et prendre : la coopération en entreprise, éditions la Découverte, avril 2009.













