Le 29/06/2012 dans Actualités > État
Fonctionnaires

Les ministères au régime sec

Jean-Marc Ayrault a détaillé, le 28 juin, un plan de réduction de 2,5 % des effectifs de l’État entre 2013 et 2015 pour compenser la création des 65 000 postes promis dans l’éducation, la justice, la police et la gendarmerie. Les dépenses de fonctionnement des ministères devront baisser de 7 % en 2013. Les syndicats de fonctionnaires dénoncent une nouvelle RGPP.

“C’est une RGPP bis !” À l’image de Christian Grolier, secrétaire FO Fonction publique, les syndicats de fonctionnaires se disent déçus “sur le fond comme sur la forme” par l’annonce des suppressions de postes dans la fonction publique d’État, détaillée jeudi 28 juin au soir dans un communiqué de Matignon. “C’est une profonde erreur d’aiguillage”, prolonge Jean-Marc Canon, secrétaire général CGT Fonction publique. “Le gouvernement fait le choix de la rigueur”, regrette de son côté Solidaires Fonction publique.

Certes, il n’y aura pas de “saignée” dans les effectifs des fonctionnaires de l’État, comme l’a affirmé le ministre du Travail, Michel Sapin, vendredi 29 juin sur i>télé. Mais pour maintenir stables les effectifs de l’État tout en créant les 65 000 postes promis au cours du quinquennat dans les services publics jugés prioritaires, la majorité des ministères devra sensiblement alléger ses effectifs.

Les effectifs de l’État connaîtront une stabilité globale, précise le communiqué de Jean-Marc Ayrault. Les créations d’emplois seront réservées à l’enseignement, la police, la gendarmerie et la justice. Des efforts de - 2,5 % par an sur les autres secteurs seront donc nécessaires afin de respecter cet objectif de stabilité.” Cette réduction de 2,5 % pourrait se concrétiser par le non-remplacement de deux fonctionnaires sur trois partant en retraite.

Des réductions de dépenses de fonctionnement drastiques

Les ministres ont reçu leurs lettres de cadrage détaillant les mesures qu’ils devront mettre en œuvre entre 2013 et 2015. Les efforts, fait savoir Matignon, porteront sur l’ensemble des ministères, “y compris sur les ministères qui interviennent dans un domaine prioritaire pour leurs emplois situés en dehors de ce champ”. Par ailleurs, chaque ministère devra réduire ses dépenses de fonctionnement de 7 % en 2013, de 4 % en 2014 et de nouveau de 4 % en 2015. Un effort décliné aux opérateurs de l'Etat. C’est davantage que les économies de 10 % fixées par le gouvernement Fillon pour la période 2011-2013.

Chaque membre du gouvernement est invité à “proposer des mesures qui ne soient pas uniformes et aveugles, mais fonction des besoins réels des différentes administrations”, afin de garantir l’efficacité du service public. Le gouvernement entend ainsi marquer sa différence avec la Révision générale des politiques publiques (RGPP) du quinquennat Sarkozy, qui a instauré le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite – soit une réduction de 150 000 fonctionnaires d’État.

“La RGPP s’est limitée à une politique du chiffre, pointe Marylise Lebranchu, la ministre de la Réforme de l’État, de la Décentralisation et de la Fonction publique, dans une interview accordée à Acteurs publics (cliquez ici pour lire l’interview de Marylise Lebranchu, publiée le 28 juin). Le précédent pouvoir s’est contenté d’annoncer une réforme et de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Une étape indispensable a été occultée : la définition d’un service public moderne.”

Certes, répondent en substance les syndicats de fonctionnaires, mais cette réflexion sur le service public doit être menée avec l’ensemble des partenaires. “Jean-Marc Ayrault avait promis de consulter les syndicats avant toute décision importante, rappelle Jean-Marc Canon (CGT). Pourtant, il n’y a eu aucun échange, de près ou de loin, avant ses annonces du 28 juin. C’est une erreur.” Et d’insister : “Après cinq ans de RGPP, on ne peut plus continuer de supprimer des postes sans dégrader encore davantage le service public.”

“En considérant que la réduction de 2,5 % des effectifs dans certains ministères va entraîner le non-remplacement de deux fonctionnaires sur trois, on peut craindre une aggravation par rapport à la RGPP”, prolonge Christian Grolier (FO). Pour lui, “c’est une très mauvaise surprise.”

Sylvain Henry

Tags associés : Fonctionnaires, RGPP
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