Le 11/07/2012 dans Actualités
Armées

Les bases de défense désarmées financièrement

© Pol Émile/SIPA

© Pol Émile/SIPA

Dans un rapport, le Sénat dénonce les difficultés budgétaires auxquelles sont confrontés les commandants des 60 bases de défense. Alors qu’il manque 130 millions d’euros, ceux-ci sont contraints, faute de moyens, d’“user d’expédients”.

Les bases de défense seront sans le sou à compter de septembre prochain. C’est la conclusion alarmiste qui ressort d’un rapport publié par la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat, réalisé à la suite de nombreuses visites de terrain effectuées par Gilbert Roger (PS) et André Dulait (UMP). Selon ce rapport, il manque ainsi de l’ordre de 130 millions d’euros, correspondant à un trimestre de dépenses, sur un budget total estimé à 650 millions d’euros, pour faire tourner ces bases de défense. Au nombre de 60 réparties en métropole et en outre-mer, ces bases regroupent les fonctions dites de soutien et d’administration générale : finances, achats, ressources humaines, etc.

Or même si la capacité opérationnelle des armées a pu être préservée, ce qui était le but de la création de ces bases, leur fonctionnement est en revanche pour le moins difficile sur un plan budgétaire. Partout, le constat est le même, selon le rapport sénatorial, qui relève “trois grandes constantes”: “dépenses incompressibles conduisant à des économies forcées”, “exécution 2012 obérée par des reports de dépenses de 2011” ou encore “enveloppe budgétaire sous-dotée”.

Le rapport met en avant, pour expliquer l'« impasse budgétaire » à laquelle sont confrontées les bases de défense, “une mauvaise estimation initiale des crédits”, mais aussi peut-être “une certaine tendance à sous-estimer les dépenses de soutien pour préserver les dépenses d’investissement”. En attendant les conclusions d’un audit diligenté pour chiffrer précisément les besoins, les commandants de base de défense usent du “système D” pour faire face à la pénurie et sont contraints selon le rapport d’“user d’expédients”.

Desserrer l’étau

Ainsi, par exemple, à Tours, où il manque environ 900 000 euros, le groupement de soutien limite les dépenses d’entretien des infrastructures ou de renouvellement du mobilier vétuste. Ailleurs, comme à Charleville, “le chauffage a été coupé en avril et il ne reste plus de crédits pour assurer la prochaine saison de chauffe”, relèvent les rapporteurs, qui vont même jusqu’à écrire qu’il faisait 12 degrés dans les bureaux lors de leur visite. Obligés de se serrer le ceinturon, les commandants de base de défense n’ont guère d’autre choix que de jouer sur les postes “énergie” ou “fluide”, les seuls sur lesquels ils ont réellement la main.

Pour le reste, leurs marges de manœuvre sont étroites. “Inertie des dépenses”, “rigidification opérée par les marchés d’externalisation”, “exclusion des crédits d’alimentation, de maintenance des infrastructures, de bureautique, d’ameublement, ou encore cloisonnement de la masse salariale” compliquent en effet la gestion au quotidien des militaires. Afin de desserrer l’étau budgétaire, les sénateurs avancent deux solutions : élargir le périmètre budgétaire confié aux commandants de base d’une part et mettre en place un mécanisme d’intéressement aux économies dégagées d’autre part. L’idée, selon le rapport, est que “tout poste gagné serait reversé sous forme de crédits de fonctionnement complémentaires pour la base de défense”.

Quant à l’idée ultime qui consisterait à réduire le nombre de bases de défense, les sénateurs la rejettent. “Outre le fait que ces fermetures seraient difficilement supportables sur le plan territorial et financier, cette réflexion ne peut être conduite hors du cadre des nouveaux contrats opérationnels des forces armées”, énonce le rapport. En clair, une réflexion plus globale sur les bases de défense ne pourra être abordée qu’une fois connues les nouvelles perspectives du livre blanc en cours de révision.

Xavier Sidaner

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