Cour des comptes

Les insuffisances du grand corps des ingénieurs

Absence d’objectifs, lourdeurs administratives, pilotage dispersé… La gestion du corps des ingénieurs des Ponts, des eaux et des forêts (Ipef), créé en 2009, souffre d’insuffisances, ce qui risque d’entraîner une perte d’attractivité, estime dans un référé la Cour des comptes. Sa mise en œuvre représente un surcoût de 13 millions d’euros.

“La Cour des comptes constate que la gestion du nouveau corps souffre de plusieurs insuffisances qui risquent d’altérer son attractivité auprès des jeunes, alors mêmes que les besoins de la France en ingénieurs polyvalents et bien formés ne peuvent aller qu’en s’accroissant.” Telle est la conclusion de la Cour des comptes dans un référé qu’elle vient de rendre public sur la gestion du corps des ingénieurs des Ponts, des eaux et des forêts (Ipef) (cliquez ici pour lire le référé).

Ce corps d’ingénieurs supérieurs de la fonction publique d’État, né de la fusion en octobre 2009 du corps des ingénieurs des Ponts et Chaussées et du corps des ingénieurs du génie rural, des eaux et des forêts, rassemble quelque 3 800 ingénieurs. Cette fusion, instaurée dans le cadre de la comptable Révision générale des politiques publiques (RGPP), n’a semble-t-il pas justifié sa mise en œuvre.

“Il n’apparaît pas que le corps des Ipef ait à ce jour établi une stratégie qui fonderait sa raison d’être”, pointent les sages de la Rue Cambon. Les missions des ingénieurs, bien que recentrées sur les sujets liés au développement durable, “ne dégagent pas de cohérence d’ensemble”. La Cour regrette une gestion dispersée entre ministères de l’Écologie et de l’Agriculture et un pilotage “assez mal vécu au sein du nouveau corps”. La gestion conjointe par les deux secrétariats généraux des ministères oblige à une coordination permanente, “source de lourdeurs et de délais”.

Les compétences plutôt que le corps

Par ailleurs, la fusion n’a pas engendré d’économies. Au contraire : “Le surcoût global provoqué par le regroupement des deux corps sera de l’ordre de 13 millions d’euros, compte tenu, en particulier, de l’harmonisation des régimes indemnitaires.”

Ce référé très critique est à replacer dans le contexte du recul des grandes missions d’ingénierie publique de l’État, restrictions budgétaires obligent. “Les ingénieurs assumeront toujours des besoins cruciaux, indiquait récemment le ministère de l’Écologie, mais les métiers évoluent et deviennent transversaux. On passe du faire au faire-faire (lire notre article « Le nouvel eldorado des ingénieurs »).” Conséquence : les effectifs des ingénieurs de l’État – 17 500 fin 2011 – sont en baisse régulière et les fusions de corps se multiplient, essentiellement pour des raisons comptables.

Dans leur réponse au référé de la Cour des comptes, qu’ils signent conjointement, les ministres Delphine Batho (Écologie) et Stéphane Le Foll (Agriculture) soulignent la gestion des ressources humaines “rénovée” adoptée par leurs deux ministères. Cette gestion privilégie, écrivent-ils, “les compétences à l’appartenance à un corps particulier”.

Delphine Batho et Stéphane Le Foll s’engagent à travailler à une meilleure visibilité du corps des Ipef pour en renforcer l’attractivité et insistent sur les “modalités de gestion” ayant déjà permis de “donner un sens concret au corps fusionné”. Ou comment deux ministres PS défendent une “fusion RGPP” instaurée sous l’ère Sarkozy…

Sylvain Henry

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