Le 12/10/2012 dans Actualités > État
Banlieues

Le ministère de la Ville veut cibler davantage ses aides

F. Lamy (à gauche) et C. Duflot  © Baziz Chibane/SIPA

F. Lamy (à gauche) et C. Duflot © Baziz Chibane/SIPA

Les ministres de l’Égalité des territoires et de la Ville, Cécile Duflot et François Lamy, ont amorcé à Roubaix, le 11 octobre, une remise à plat de la politique de la ville. Objectif : cibler davantage les aides de l’État sur les quartiers les plus défavorisés.

Ce que nous proposons ce jour n’est pas le énième plan « bla-bla banlieue ». C’est juste un chemin nouveau.” Tel est le message délivré par le ministre délégué à la Ville, François Lamy qui, avec la ministre de l’Égalité des territoires, Cécile Duflot, ont affiché leur volonté commune de remettre à plat la politique de la ville “sans paillettes” ni “grand plan d’envergure”, mais avec pour objectif de “cibler les crédits sur les banlieues les plus nécessiteuses”.

Pour la première fois, nous allons tout remettre à plat”, a souhaité François Lamy devant 150 acteurs du secteur (élus, État, associations, bailleurs) invités à plancher sur le sujet. Ils rendront leurs conclusions lors d’un conseil interministériel en février 2013 pour déboucher sur un projet de loi dans la foulée. Leur première mission : redéfinir la carte de “la géographie prioritaire”, c’est-à-dire celle des quartiers bénéficiant des crédits du ministère de la Ville.

Aujourd’hui, plus de 8 millions de personnes vivent dans l’un des 2 500 quartiers qui se partagent les 505 millions d’euros du budget du ministère de la Ville. “Il faut en finir avec ce dispositif illisible, incohérent et qui dilue notre action”, a estimé François Lamy. La réforme avait déjà été envisagée en 2009, mais le gouvernement de François Fillon avait reculé face à la fronde des élus locaux qui ne voulaient pas perdre de précieux subsides. “Il y aura des protestations, des débats peut-être houleux, des égoïsmes certainement”, a reconnu le ministre, qui s’est dit déterminé à aller jusqu’au bout.

Disette” budgétaire

La tâche s’annonce rude pour le sénateur de Seine-Saint-Denis Claude Dilain, chargé de coprésider le groupe de travail. Pour dessiner la nouvelle carte, il compte s’appuyer sur une analyse fine du revenu moyen par habitant par “carreau de 200 m2”. Ensuite, a-t-il expliqué à l’AFP, “l’État pourrait ne pas aider de la même façon en fonction de la capacité contributive de la collectivité territoriale”.

Pour rassurer les élus, François Lamy a assuré qu’il mobiliserait ses collègues des autres ministères pour renforcer les moyens traditionnels de l’État dans les quartiers qui sortiront du dispositif “politique de la ville”. Autrement dit, il fera en sorte que l’éducation nationale mette plus de moyens sur les écoles ayant de forts taux d’échec scolaire, même quand elles ne sont pas dans les quartiers les plus sensibles, ou que Pôle emploi ait bien une agence dans chaque quartier difficile.

Nous élus, on ne doute pas de toi, François”, a lancé le maire UMP de Courcouronnes (Essonne) Stéphane Beaudet, mais on doute de la capacité de tes collègues à se mobiliser.” Et de souhaiter “bonne chance à ceux qui ne seront pas dans la nouvelle carte prioritaire”.

Malgré ces grincements de dents, la plupart des acteurs présents se félicitaient du ton choisi. “Pour la première fois en vingt ans, on ne promet rien”, a souligné le sociologue Thomas Kirszbaum, spécialiste du sujet, en rappelant que Jean-Louis Borloo avait évoqué la fin de la politique de la ville dans les cinq ans après son entrée en fonction à ce ministère. “Est-ce que cette modestie vient d’une meilleure compréhension du problème, s’est interrogé le chercheur, ou n’est-ce qu’un reflet de la disette budgétaire ?”

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