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François Cornut-Gentille : “Le débat budgétaire sera le moment de vérité”

© Sébastien Calvet
Coauteur d’un rapport critique sur la RGPP en décembre 2011, le député aujourd’hui dans l’opposition estime que le gouvernement n’a pas d’autre choix que de poursuivre les grandes réformes de l'Etat entamées sous le précédent gouvernement.
Pensez-vous que le pouvoir actuel, très critique sur les grands chantiers de réforme de l’État lorsqu’il était dans l’opposition, peut les remettre en cause aujourd’hui ?
Lorsque les socialistes critiquaient la RGPP et les grands chantiers conduits de 2007 à 2012, on ne savait pas trop s’ils s’en prenaient à la forme, c’est-à-dire à la méthode employée, ou au fond. C’était très ambigu. Aujourd’hui, c’est donc le moment de vérité, car la situation financière est telle qu’elle va obliger l’actuelle majorité à poursuivre ce qui a été fait, voire à l’amplifier, mais sous un autre nom que RGPP. Quant à la méthode tant critiquée, le gouvernement ne va pas en inventer une nouvelle en trois semaines. Les syndicats de la fonction publique l’ont bien compris et se posent déjà des questions…
Quels gros chantiers de modernisation vont-ils être amplifiés selon vous ?
Je pense à la carte militaire et à la création des bases de défense. Le revirement est spectaculaire, car le gouvernement reprend complètement à son compte cette réforme tant critiquée. La majorité ne défera rien, bien au contraire. Bien sûr, le pouvoir actuel affirme que la réforme sera figée mais c’est impossible car, dans le même temps, la baisse des effectifs inscrite dans la loi de programmation militaire 2008-2015, soient 54 000 postes civils et militaires de moins, est confirmée. Le maintien de cet objectif amènera de nouvelles réorganisations territoriales. Je pense que le nouveau livre blanc annoncé conduira le gouvernement à aller plus loin.
Et les autres réformes ?
Sur la réforme de la carte judiciaire, qui avait été dénoncée à l’époque par la gauche, le gouvernement annonce des recrutements dans la justice, mais je n’ai pas entendu parler de réouverture de tribunaux. J’en déduis donc que la carte est validée. Concernant la direction générale des finances publiques et la réforme de l’administration territoriale de l’État (Réate), il faut s’attendre à un durcissement et à davantage de suppressions de postes pour compenser ceux qui vont être créés dans les ministères prioritaires comme l’Éducation.
Comment le gouvernement peut-il faire passer ce statu quo ? En changeant de méthode ?
Le changement de méthode qui se profile, c’est la nouvelle étape de décentralisation qu’on nous annonce. L’État va se décharger de certaines compétences sur les régions. Pour le reste, je déplore que tout cela se fasse encore sous la pression financière, sans vision globale. Par la force des choses, on reste dans une logique comptable. Il y aura des tensions politiques et syndicales puisque le discours électoral avait laissé entendre qu’un tournant aurait lieu. La nécessité de tenir la trajectoire financière rend difficile le dialogue, car le gouvernement est obligé d’aller vite. Je le redis, le débat budgétaire sera le moment de vérité.
Propos recueillis par Bruno Botella













