Salaires, mobilité : ce qu’attendent les fonctionnaires

16 oct. 2012, PAR Sylvain Henry
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Une étude du cabinet Deloitte sur “le fonctionnaire de demain” lève le voile sur les attentes et les craintes des agents de l’État en matière de rémunération individualisée, d’évolution de compétences, de mobilité ou de management.


Si la grande majorité des fonctionnaires de l’État (83 %) anticipe l’essor de la rémunération au mérite, les agents publics sont plutôt hostiles à cette nouvelle politique salariale (42 % contre, 30 % pour, 28 % neutres). C’est l’un des enseignements de l’étude du cabinet Deloitte intitulée “Citoyens et fonctionnaires : regards croisés sur la fonction publique et le fonctionnaire de demain” et rendue publique le 15 octobre.

Particulièrement instructive, l’étude s’appuie sur une série d’entretiens réalisés auprès des directeurs des ressources humaines et des secrétariats généraux de 8 ministères, auprès des 4 principales organisations syndicales (CFDT, CGT, FO, FSU) et auprès de quelque 200 fonctionnaires. Un sondage a par ailleurs été réalisé par l’Ifop auprès de l’ensemble des Français.

Au-delà d’une relative méconnaissance du travail des fonctionnaires par la population française, l’étude met en lumière la perception par les agents publics de leurs missions et de leurs opportunités professionnelles. De toute évidence, les fonctionnaires, ballottés par les réformes de ces cinq dernières années (RGPP, Réate, etc.), s’attendent à de nouveaux bouleversements.

Plus de polyvalence. Les fonctionnaires en sont convaincus à 78 % : les compétences que leur hiérarchie attendra d’eux vont évoluer vers davantage de polyvalence. Et c’est tant mieux pour 64 % d’entre eux, notamment parce qu’ils s’enrichiront de nouvelles compétences managériales. La place des entretiens dans le recrutement sera plus importante, estiment-ils, et de nouveaux critères tels que l’adaptabilité, le savoir-être et la motivation seront davantage pris en compte.

Une “logique métier”. Pour 80 % des fonctionnaires interrogés, la logique métier prendra le pas sur la logique des corps au sein de la fonction publique. Et ils sont à 65 % favorables à la fusion progressive des corps. Mais plus la catégorie est élevée, plus le pourcentage de fonctionnaires favorables aux fusions régresse. Ce qui s’explique par l’identité professionnelle forte des grands corps de l’État, en général farouchement hostiles à tout projet de fusion et disposant souvent de relais à des échelons élevés de l’administration.

Davantage de mobilité. Pour 76 % des fonctionnaires, la mobilité est un “plus” dans leur parcours. Mais cette mobilité est conçue à l’intérieur de leur ministère ou entre les trois versants de la fonction publique, pas (encore ?) vers le privé. Pour favoriser ce désir de mobilité, qui reste dans les faits relativement limitée, les fonctionnaires attendent de leur hiérarchie un meilleur accompagnement.

Plus d’évaluation, mais mieux organisée. C’est une demi-surprise : les fonctionnaires prévoient un développement de l’évaluation à 92 % et ils sont 71 % à considérer cette évolution comme positive. Les méthodes du privé ont semble-t-il “infusé” auprès des fonctionnaires, qui se disent toutefois critiques sur les critères actuels d’évaluation.

Pour Jean-François Verdier, directeur général de l’administration et de la fonction publique, cette étude salue les efforts de l’administration pour favoriser la mobilité des fonctionnaires. “Même si des freins demeurent au sein des ministères”, regrette-t-il. Il serait par ailleurs souhaitable, constate-t-il, de permettre des allers-retours entre secteurs privé et public. Pour l’heure, les fonctionnaires qui partent vers le privé ne reviennent pas, ou très peu, dans le secteur public.

Sylvain Henry

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