Interview

Yves Barou : “Garantir aux chômeurs l’accès à toutes les formations”

Le président de l’Afpa, premier organisme de formation de France, appelle à une loi de décentralisation qui assure une égalité d’accès des chômeurs à la formation professionnelle quelque soit leur lieu d’habitation. Il se dit “confiant” sur la volonté de l’État de donner à son association un niveau de fonds propres suffisant.

Approuvez-vous le fait que les conseils régionaux récupèrent totalement la compétence de la formation professionnelle lors de la prochaine étape de décentralisation ?
En tant que président du premier organisme de formation de France, ce n’est pas mon rôle d’approuver ou non ce choix. J’y suis favorable dans la mesure où l’échelon régional est le bon niveau de décision pour organiser la formation professionnelle et répondre aux besoins des chômeurs. Cela permet d’échapper au double écueil de la vision trop étroite du bassin d’emploi et de celle trop large du centralisme parisien. Les lois Raffarin de décentralisation en 2004 ont d’ailleurs déjà donné l’essentiel du pouvoir aux conseils régionaux en matière de formation, même si les règles du jeu ne sont pas toujours claires.

Comment la prochaine loi de décentralisation pourra-t-elle préciser ces règles du jeu de la formation ?
En 2009, le transfert du pilotage de la formation professionnelle aux conseils régionaux a été mal organisé. Cela ressemblait plus à un délestage de l’État qu’à une véritable décentralisation. Les conseils régionaux n’ont pas obtenu les moyens financiers pour maintenir l’appareil de formation existant.

Dans certaines régions, des critères territoriaux semblent compliquer l’accès à certaines formations pour les chômeurs venus d’ailleurs. Pourquoi ne pas proposer toutes les formations dans chaque région ?
Les organismes de formation ne peuvent pas assurer dans toutes les régions le panel complet de leurs formations. À titre d’exemple, l’Association pour la formation professionnelle des adultes (Afpa) dispose d’un catalogue de 254 formations à 280 métiers, mais aucune région ne les propose toutes. Même dans une grande région comme Provence-Alpes-Côte d’Azur, les centres n’en proposent que 130, soit moins de la moitié, et il n’y a que deux centres, à Paris et Marseille, qui proposent la formation d’ascensoriste. C’est la condition à des formations de qualité qui nécessitent des équipements et débouchent sur de vrais emplois.

Quelles sont les solutions envisageables ?
Il faut que l’État fixe des règles claires afin de garantir à tous les chômeurs l’accès à toutes les formations. L’Association des régions de France s’y est attelée en élaborant une sorte de charte. Certaines régions comme le Limousin ont fait de leur capacité à offrir des formations un facteur d’attractivité. L’Afpa donne la possibilité aux stagiaires qui suivent ses formations d’être logés sur place gratuitement. La prochaine loi de décentralisation pourrait consacrer ces efforts et interdire aux conseils régionaux de réserver certaines formations à leur population locale.

Êtes-vous confiant sur le fait que l’État apporte des fonds propres à l’Afpa ?
L’Afpa est la seule entreprise de France sans fonds propres ! Il est temps de corriger ce défaut “originel”. Je suis confiant sur la volonté de l’État de donner à l’Afpa les moyens de vivre normalement. Il est important de préciser que ce ne sera pas une dépense qui alourdira la dette publique, puisque ce sera un apport en fonds propres dans une logique d’investissement.

Propos recueillis par Laurent Fargues

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