
http://www.acteurspublics.com/2012/10/30/le-blackliste-du-quai-d-orsay
Le blacklisté du Quai d’Orsay

Un diplomate doté d’un profil très politique, Yves Marek, poursuit devant le tribunal administratif de Paris son administration, qui ne lui a pas offert de poste depuis quatre ans.
À son arrivée au ministère des Affaires étrangères, Laurent Fabius a trouvé sur son bureau un bien curieux dossier. Courtelinesque, diraient certains. Un haut fonctionnaire de cette prestigieuse maison, Yves Marek, a engagé devant le tribunal administratif de Paris une procédure d’indemnisation contre le ministère. Le motif ? Il n’a pas réussi à obtenir de son administration un poste depuis… quatre ans ! Tout en étant payé. C’est que cet énarque de 49 ans ne dispose pas vraiment du profil du diplomate lambda. Très marqué politiquement, Yves Marek a, depuis son entrée au ministère en 1987, beaucoup fréquenté au cours des années 1980-1990 les cabinets politiques : ceux d’Edgar Faure, Alain Decaux, François Baroin, Jacques Toubon et Bernard Pons.
L’homme, doté d’un certain franc-parler, a bien tenté de revenir au Quai d’Orsay en 1997, mais il s’est heurté à des résistances en interne. Ce qui l’a poussé à revenir en cabinet, auprès du président du Sénat, Christian Poncelet, dont il a été le conseiller culturel pendant dix ans. Lorsqu’en 2008, il quitte le Sénat alors que couve le scandale de la gestion du musée du Luxembourg dont il a initié la relance – l’affaire est toujours en cours d’instruction –, cet amateur d’échecs retente sa chance au Quai d’Orsay, sans savoir qu’il va tomber sur un os. Malgré le soutien de Nicolas Sarkozy, qui essaie d’abord de le nommer ambassadeur à Madagascar. Sans succès.
Au lendemain de la révolution de Jasmin, au premier semestre 2011, son nom est aussi évoqué pour l’ambassade à Tunis afin de tourner symboliquement la page des relations franco-tunisiennes. Un geste lourd de symboles, puisque ce fils d’un industriel tunisien passé par les geôles de Ben Ali est né et a vécu en Tunisie jusqu’au baccalauréat… Yves Marek n’ira pas à Tunis. L’Élysée parvient finalement à imposer sa nomination en mai 2011 à l’ambassade à Monaco. Jusqu’à ce que l’affaire capote après l’intervention de la CFDT du ministère, qui attaque la nomination en justice, arguant que l’intéressé ne justifie pas des états de service pour être ambassadeur (trois ans sur un poste à l’étranger et l’exercice de fonctions d’encadrement). Ce qui paraît difficile vu son parcours… Yves Marek devra encore patienter.
Silence des autorités
Fin décembre 2011 pourtant, le Président le désigne consul général de France à Québec et Yves Marek participe à des réunions préparatoires en vue de sa prise de fonction. Las, la rédaction du décret se perd opportunément dans les méandres « orsayens » et l’officialisation de la nomination traîne jusqu’à l’alternance. En septembre, le nouveau pouvoir socialiste a finalement envoyé à sa place un autre diplomate dans cette province du Canada.
Aujourd’hui, l’affaire en est là. Pour ces années de placard, le diplomate réclame 391 705 euros en compensation des pertes de primes, du retard dans l’avancement et du préjudice moral. Après d’innombrables actes de candidature, Yves Marek s’est convaincu que la haute hiérarchie du Quai d’Orsay l’avait ostracisé, en raison de son parcours très politique construit loin des codes du ministère. Une carrière pourtant accomplie dans le strict respect des statuts du corps diplomatique par le jeu traditionnel des « mises à disposition ».
Tantôt malmené sous la gauche, tantôt délaissé par une partie de la droite, au sein de laquelle il n’a pas que des amis, ce féru de culture a alerté, le 18 septembre, son ministre, Laurent Fabius, ainsi que l’Élysée sur sa situation, sans obtenir de réponse. Sollicité, le ministère des Affaires étrangères n’a pas voulu livrer sa version du dossier.













