Quand les fonctionnaires forment les fonctionnaires

4 janv. 2013, PAR Sylvain Henry
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Certaines collectivités territoriales commencent à développer des programmes de formation interne, permettant aux agents formateurs de valoriser leur parcours professionnel. C’est le cas au conseil général de l’Essonne.


Ambiance studieuse au conseil général de l’Essonne. Devant une douzaine de fonctionnaires attentifs, Carole Turbelin abandonne quelques instants son PowerPoint pour couvrir un tableau blanc de sigles barbares : « Mapa », « AO », « MN »… Les subtiles finesses du marché à procédure adaptée, de l’appel d’offre et du marché négocié n’auront bientôt plus de secret pour ses interlocuteurs. Cadre rattachée à la direction des finances et de la commande publique du département, cette quadra dynamique transmet régulièrement un peu de son savoir juridique à quelques-uns des 4 400 agents du département. Une démarche qui s’inscrit dans le « Défi », pour « Dispositif essonnien de formation interne », instauré par le conseil général en septembre dernier.

Quand les agents forment les agents, quelques heures par mois ou quelques jours dans l’année, tout le monde est gagnant. C’est en substance le constat du député PS de l’Essonne Carlos Da Silva, vice-président du conseil général en charge des finances et du service public. « Dans un contexte de raréfaction de l’argent public, nous avons voulu accompagner les agents via de nouvelles formes d’action », confie l’élu. Le dispositif « Défi » permet à la collectivité de disposer de formations sur mesure et d’être réactive par rapport à ses besoins, tout en évitant de recourir à de coûteux prestataires privés.

Un besoin propre à la collectivité

Comment ça marche ? La procédure est très encadrée : la direction des ressources humaines et les chefs de services identifient et assurent l’accompagnement des formateurs qui, en retour, doivent soumettre à un jury leur proposition de formation. « La formation interne répond à un besoin spécifique pour lequel la particularité du savoir-faire essonnien est apparue nécessaire », précise la charte du « Défi ». Une fiche de mission est définie, une grille de rémunération établie – de quelques dizaines jusqu’à quelques centaines d’euros selon sa durée – et une « attestation de certification de formateur interne occasionnel » est remise aux intéressés, leur permettant d’appartenir au « réseau des formateurs internes certifiés » du conseil général. Par ailleurs, bien sûr, l’investissement du fonctionnaire formateur ne doit pas perturber le fonctionnement de son service.

« La formation interne peut concerner tous les domaines du champ d’intervention du conseil général, détaille Agnès Lerat, cheffe de projet au service “Formation”. Le “Défi” permet de valoriser nos agents formateurs et de leur offrir un statut. » Quelques dizaines de fonctionnaires se sont pour le moment engagés dans cette démarche novatrice. « En formant d’autres agents, je comprends mieux les attentes et les préoccupations de leurs services, témoigne Carole Turbelin, l’experte des marchés publics, ce que je ne percevais pas depuis mon bureau… Je dispose aujourd’hui d’une vision plus globale du fonctionnement du conseil général. » « J’ouvre une fenêtre vers un domaine d’activité différent, prolonge une autre formatrice interne, Céline Vilaine, qui met régulièrement en stand-by ses missions au service de l’aide sociale pour former ses collègues aux gestes de premiers secours. Je le vis comme une reconnaissance personnelle. »

Une opportunité d'évoluer

Les deux fonctionnaires parlent « d’échanges fructueux » et de « lien » nouveau avec des collègues qu’elles n’avaient jusqu’alors pas l’occasion de côtoyer. Au-delà de cette ouverture d’esprit nouvelle et visiblement appréciable, le dispositif de formation interne est aussi une réponse aux demandes d’évolution et de promotion des fonctionnaires, pas toujours faciles à satisfaire alors que la plupart des collectivités sont contraintes de resserrer leurs budgets, notamment en matière de politique de ressources humaines. « C’est une expérience valorisante dans mon parcours professionnel », reconnaît Carole Turbelin. « Cela montre que je suis une personne attentive aux autres et motivée », souligne Céline Vilaine. « S’engager dans un projet de formation interne est une opportunité d’évolution pour les agents, approuve le vice-président Carlos Da Silva. C’est un élément positif dans le déroulement de leur carrière. »

Outil de reconnaissance pour les agents, générateur d’échanges et de lien social entre les personnels tout en limitant le recours aux prestataires extérieurs, la formation interne fait peu à peu son apparition dans les collectivités territoriales. Les conseils généraux de Seine-Maritime, de la Loire et des Deux-Sèvres réfléchissent ou ont déjà mis au point des dispositifs similaires au « Défi » essonnien, le plus souvent dans le consensus social – les organisations syndicales sont associées à leur mise en œuvre – et politique. Même le conseiller général UMP Jean-Pierre Delaunay, l’un des chefs de file de l’opposition, n’y trouve rien à redire.

Sylvain Henry

Être agent formateur, c’est…
 - Prendre un peu de « hauteur »
 - Se donner de nouvelles perspectives de carrière
 - Booster sa fin de carrière
 - Accroître ses revenus
 - Être porteur de projet
 - Mieux connaître la collectivité
 - Créer du lien, faire partie d’un réseau
 - Développer sa confiance en soi et son autonomie
 Mais aussi...
 - Une charge de travail supplémentaire
 - Un risque de « surinvestissement » au détriment de son service