Les dépenses de protection sociale sont inefficaces pour 7 Français sur 10

8 oct. 2013, PAR Acteurs Publics
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Les personnes interrogées par l’Ifop portent un jugement sévère sur les dépenses de protection sociale en France. Un résultat qui reflète l’inquiétude des Français concernant le financement des retraites et la prise en charge de la fin de vie.


Alors que la réforme du financement des retraites commence cette semaine son parcours parlementaire et après la présentation fin septembre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2014, l’Ifop a mené, pour le compte d’Acteurs publics et Ernst & Young, une enquête sur les perceptions des Français quant à leur système de protection sociale et de santé.

Il ressort d’abord de cette étude qu’une large majorité des personnes interrogées estime que l’argent public consacré chaque année par le pays à sa politique de protection sociale et de santé est utilisé de manière inefficace (71 %).

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À l’inverse, 29 % portent un jugement positif. À titre de comparaison, rappelons que la même question posée lors de précédents Observatoires au sujet de la seule politique de santé engendrait un résultat d’efficacité perçue supérieur (35 %), de même que celle au sujet de la défense nationale (49 %) ; seule la formation professionnelle donnait un score encore plus minoritaire (24 %). La “protection sociale” renvoie donc, chez nombre de Français, à une politique dispendieuse, ce qui ne semble guère étonnant dans un contexte où l’on convoque régulièrement les abus, les dépenses inutiles voire la fraude sociale dans le débat public.

Dépendance et retraite

Au-delà de ces considérations générales, une analyse, risque par risque, de l’efficacité de la dépense publique permet de mieux considérer les forces et faiblesses du système français de protection sociale aux yeux des personnes interrogées. Ainsi, une majorité d’entre elles estime que l’objectif d’une prise en charge des accidents du travail ou des maladies professionnelles est atteint (67 %).

De même, les jugements sont plutôt positifs s’agissant de trois autres objectifs : l’indemnisation correcte des personnes perdant leur emploi (54 %), l’amélioration de la santé publique d’une manière générale (52 %) et l’allègement des charges liées à la présence d’enfants dans la famille (51 %).

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Le constat s’avère beaucoup plus sévère s’agissant de trois autres grandes finalités du système de protection sociale : 36 % seulement des Français pensent qu’il permet de prendre en charge la dépendance des personnes âgées, 38 % de garantir une fin de vie de qualité ou 28 % d’offrir une retraite convenable aux personnes âgées. Une lecture des réponses selon la proximité politique illustre de nouveau le poids de l’affiliation partisane sur la perception du système de protection sociale : à l’exception notable de l’indemnisation du chômage, qu’ils jugent certainement trop généreuse, les sympathisants de l’UMP se montrent systématiquement plus négatifs sur la capacité du système à atteindre ses objectifs que les proches de la gauche.

Divergences sur le financement

Les Français semblent très partagés sur différentes propositions faites au sujet du financement de certains risques. Ainsi, 53 % adhèrent à l’idée qu’il faudrait financer par l’impôt ou la CSG, et non par les cotisations, les prestations dites universelles, à savoir la famille et la maladie ; 52 % penchent pour un financement exclusivement par les cotisations sociales des prestations dites contributives, retraites et chômage.

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L’opinion est en revanche beaucoup plus unanime sur d’autres propositions : ainsi, l’accord est très minoritaire sur l’idée de laisser plus de place aux assurances privées et mutuelles pour permettre une réduction des déficits (33 %), ou encore sur la réduction des cotisations patronales quitte à relever celles des salariés en vue d’une plus grande compétitivité des entreprises (26 %).

D’accord pour payer plus

S’ils se montrent majoritairement sceptiques au sujet de l’utilisation qui est faite par les pouvoirs publics des fonds consacrés par la nation à la politique de protection sociale et de santé, les Français s’avèrent majoritairement favorables à l’idée de payer plus pour la protection sociale afin de maintenir leur propre niveau de couverture et celui de la population (66 %), une minorité choisissant à l’inverse une stabilisation ou une diminution des prélèvements en contrepartie d’une réduction du niveau de couverture (34 %).

Au final, cette enquête traduit l’ambivalence du sentiment des Français au sujet de leur protection sociale et de santé, marqué à la fois par un attachement fort à la pérennité du système et par une défiance manifeste à l’égard de l’efficacité de la gestion par les pouvoirs publics des fonds qu’y consacrent salariés, entreprises et contribuables.

Damien Philippot,
directeur des études politiques au département “Opinion et stratégies d’entreprise” de l’Ifop

Sondage Acteurs publics/Ernst & Young réalisé par l’Ifop pour l’Observatoire des politiques publiques auprès d’un échantillon de 976 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas (sexe, âge, profession de l’interviewé) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont eu lieu par questionnaire auto-administré en ligne (CAWI - Computer Assisted Web Interviewing) du 18 au 20 septembre 2013.

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