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3 universités face au défi des cours gratuits en ligne

13 janv. 2014, PAR Laure Berthier
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Geneviève Fioraso, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche - © Aurélien Meunier/SIPA

Les universités de Paris-Ouest, Bordeaux et Montpellier se lancent dans la production de cours en ligne gratuits et ouverts à tous (MOOCs). Un challenge technique, mais surtout organisationnel…


Les universités françaises s’ouvrent enfin aux “MOOCs”. Les Massive Open Online Courses – ou “cours en ligne gratuits et ouverts à tous” – font déjà fureur aux États-Unis ou en Suisse et Geneviève Fioraso, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, compte bien rattraper le retard pris par l’Hexagone. Pour ce projet qui lui tient à cœur et qui a été récompensé par le prix de la Performance publique, elle a lancé en octobre la plate-forme France Université numérique (FUN) et a invité les établissements à y diffuser leurs cours à partir de janvier.

L’objectif ? “Développer des méthodes pédagogiques adaptées à la génération numérique et remédier aux échecs des étudiants en premier cycle”, explique la ministre, mais aussi “favoriser la formation tout au long de la vie” et “démocratiser l’enseignement supérieur”, même si les MOOCs ne permettent pas encore l’obtention d’un diplôme. Zoom sur trois universités qui se sont lancées, au pas de charge, dans l’expérimentation.

Raphaël Moreaux

 

1. Paris “au stade du bricolage”

Avec plus de 2 000 étudiants qui suivent un enseignement à distance dans pas moins de 8 licences, l’université Paris-Ouest Nanterre-La Défense a l’habitude de diffuser des contenus pédagogiques en ligne et s’est naturellement investie dans la mise en place de deux MOOCs sur la plate-forme FUN. “Un moyen de donner plus de visibilité à notre institution, de diffuser largement la culture et la francophonie et d’attirer des étudiants vers les sciences humaines”, explique Baptiste Bondu, directeur de cabinet du président de la faculté, Jean-François Balaudé.

Les limites du projet ? “La reconnaissance du travail des enseignants” pour lesquels un geste du ministère de l’Enseignement supérieur serait plus que bienvenu, et “le manque d’interaction avec l’apprenant”, ajoute Baptiste Bondu, précisant en être encore au “stade du bricolage” sur les MOOCs. “Nous avons décidé de faire les choses modestement, en privilégiant d’abord le fond”, confirme Jean-François Lê Vàn, chef du service numérique.

Car l’un des principaux obstacles a bien été le manque de temps. Les équipes ont découvert le projet en septembre pour boucler une première vidéo de teasing à l’occasion du lancement de la plate-forme FUN par Geneviève Fioraso en octobre. “Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation”, regrette Jean-François Lê Vàn, qui estime qu’il aurait été plus simple de “monter sur les épaules de nos confrères nord-américains, très avancés sur le sujet, pour en tirer les leçons”. D’autant que si les MOOCs ouvrent de nouvelles perspectives pédagogiques, ils relèvent aussi en partie d’un “effet de mode”.

Université : Paris-Ouest Nanterre-La Défense
MOOCs : “La Première Guerre mondiale expliquée à travers ses archives” et “Philosophie et modes de vie ; de Socrate à Pierre Hadot et Michel Foucault”
Période de cours : du 13 janvier au 18 avril
Public : tous publics pour différents niveaux d’investissement possibles, notamment dans la perspective d’une formation continue.

 

2. Montpellier espère voir évoluer le modèle

Côté numérique, l’université Montpellier-II n’en est pas à sa première expérience. L’établissement, qui a lancé sa propre WebTV en 2011, a déjà produit plus de 1 000 vidéos pour compléter la formation de ses étudiants en amphithéâtre. “C’est ce qu’on appelle du présentiel enrichi, éclaire David Cassagne, vice-président de l’établissement, délégué au numérique. Nous avions donc déjà un studio d’enregistrement et une équipe technique pour mettre en place un MOOC”.

Sur le principe de l’appel à projets, trois propositions des enseignants ont été retenues, dont le cours “Ville durable : être acteur du changement”, qui démarrera sur la plate-forme FUN le 14 janvier. Avec l’appui de l’ingénierie technique, l’équipe pédagogique a produit 6 vidéos hebdomadaires de 7 minutes, complétées par des exercices. “Le travail réalisé est envoyé à trois autres apprenants avec une grille d’évaluation et une correction type”, explique David Cassagne. Un système d’autoévaluation rendu nécessaire compte tenu de la gratuité des cours, même si un tiers du temps d’enseignement des professeurs a été dégagé pour reconnaître leur investissement dans le projet.

“Nous sommes encore à l’état d’expérimentation et le modèle sera amené à évoluer”, reconnaît le vice-président délégué, qui insiste sur la nécessité d’être “dans l’action pour suivre la marche du numérique”. Pour lui, l’un des grands enjeux des MOOCs est d’abord la mise en place d’“enseignements hybrides » pour éviter le « cloisonnement des outils et des savoirs”.

Université : Montpellier-II
MOOC : “Ville durable : être acteur du changement”
Période de cours : du 14 janvier au 25 février
Public : étudiants, salariés, demandeurs d’emploi, citoyens en recherche d’informations.

 

3. Nuits blanches en vue à Bordeaux

L’université Michel-de-Montaigne Bordeaux-III travaille depuis plusieurs années en partenariat avec l’Université numérique d’Aquitaine pour développer des plates-formes d’enseignement et la formation à distance. Faire partie des pionniers du MOOC en France était donc logique pour Nicolas Labarre, vice-président chargé du e-learning, qui se dit “prêt à y passer quelques nuits blanches”. Car pour l’instant, ses équipes progressent au jour le jour. “Nous sommes au stade du prototype”, explique-t-il à propos du cours gratuit en ligne “Comprendre le transmédia storytelling”, diffusé à partir du 13 janvier sur la plate-forme FUN du ministère de l’Enseignement supérieur.

Une expérimentation qui nécessite tout de même des forces vives. “Une personne a été recrutée à temps plein pour trois mois afin de mettre en ligne les ressources, faire un travail de veille et d’accompagnement”, indique-t-il. Côté professeurs et intervenants, “on paye quelques heures à chacun mais ça reste symbolique compte tenu du travail effectif”, qu’il estime à 40 heures pour 4 heures de vidéos. Pour Nicolas Labarre, la question du modèle économique reste le “principal obstacle”. Si le principe du MOOC peut servir la reconnaissance de l’institution sur le long terme et constitue un bon levier pour introduire les usages du numérique, “l’université n’a pas vocation à délivrer des formations de manière gratuite”, juge-t-il. Le suivi du projet repose pour l’instant sur la motivation des équipes pédagogiques. “Une fois l’enthousiasme retombé, la question de la pérennité du modèle sera clairement posée”, lance-t-il comme un avertissement.

Université : Michel-de-Montaigne Bordeaux-III
MOOC : “Comprendre le transmédia storytelling”
Période de cours : du 13 janvier au 21 février
Public : étudiants, professionnels de l’audiovisuel, de la culture, ou des institutions, curieux et passionnés