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Le modèle de santé suédois connaît des ratés

22 avr. 2014, PAR Acteurs Publics
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© TT News Agency/SIPA

Des listes d’attente dépassant un an pour la chirurgie non urgente, plusieurs semaines de délai pour un rendez-vous chez un médecin généraliste, une gestion problématique des hôpitaux par les conseils municipaux… En Suède, le système de santé montre ses limites et incite les patients à se tourner vers les assurances privées.


La Suède possède l’un des meilleurs systèmes de soins au monde… Le dixième, selon un rapport de la Banque mondiale paru fin 2013. Pourtant, il connaît des failles. La plus importante d’entre elles : des listes d’attente sont apparues, dès la fin des années 1990. Elles ont maintenant une durée supérieure à un an pour la chirurgie non urgente, atteignent plusieurs semaines pour un simple rendez-vous avec un médecin généraliste. Les (bien nommés) patients attendent de longues heures aux urgences…

Ces délais entraînent une forte insatisfaction des Suédois, qui se tournent de plus en plus vers les assurances privées. Entre 2002 et 2011, leur nombre a été multiplié par 3,6. En 2011, environ 440 000 personnes possédaient une assurance privée, en majeure partie payée par leur employeur. En mars 2014, le nombre de ces assurés est monté à un demi-million sur les 4,3 millions de salariés suédois.

Autre difficulté, mise en avant par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la coordination des soins entre les hôpitaux, les soins primaires et les autorités locales. Le système de santé nationalisé mis en place dans les années 1970 est financé à 70 % par les impôts régionaux. Les hôpitaux, dont les objectifs sont déterminés au niveau national, sont dirigés par les conseils municipaux, qui rendent des comptes aux citoyens à chaque élection locale. Le système a très bien fonctionné, avec 25 bureaux centraux et plus de 400 bureaux locaux, pendant une vingtaine d’années.

Financement lié à l’activité

Mais face au dérapage des finances publiques au début des années 1990, le gouvernement a donné plus de place au privé et a introduit davantage de flexibilité dans le choix des patients. Le comté de Stockholm a entrepris des réformes radicales entre 1991 et 1993, en particulier la séparation entre les fonctions d’acheteur de soins et de fournisseur de soins. Le financement devient alors lié à l’activité des hôpitaux. Avec des résultats rapides. « Après les réformes lancées en 1991, les files d’attente ont diminué de l’ordre de 30 % dès l’année qui a suivi leur mise en place grâce à des volumes de soins plus importants », note l’économiste Valentin Petkantchin, du très libéral Institut économique Molinari.

Mais cet exemple, devenu le « modèle de Stockholm », n’a pas été étendu sur tout le territoire. Durant les années 1990, les réformes ont succédé aux contre-réformes sans direction précise de la part de l’État suédois. Par exemple, la liberté d’installation des médecins, autorisée par une loi en 1994, est interdite dès 1995. Le concept de « concurrence », l’une des clés du modèle de Stockholm, est rapidement remplacé par celui de « coopération » avec l’État, bloquant de facto la concurrence en décidant des baisses des tarifs de soins.

En dépit de diverses initiatives étatiques, les files d’attente continuent d’augmenter. L’État suédois s’interroge désormais sur la possibilité d’une recentralisation de son système de santé.

 

Jean-Bernard Gallois, à Bruxelles.