La télémédecine reste à l’état embryonnaire

15 mai 2014, PAR Raphaël Moreaux
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© Steve Ruark/AP/SIPA

L’assurance maladie expérimente la prise en charge des actes de télémédecine réalisés hors des hôpitaux. Une bouffée d’espoir pour une pratique médicale qui peine à se développer. 


Voilà cinq ans que la télémédecine est reconnue par la loi comme une pratique médicale à part entière, trois ans qu’elle fait l’objet d’une stratégie spécifique de déploiement en régions et plus d’un an qu’elle figure parmi les 12 engagements du “Pacte territoire santé” de la ministre Marisol Touraine. Et pourtant, cette pratique d’avenir reste très insuffisamment développée. “Sa mise en œuvre se heurte concrètement à l’absence de financements ad hoc”, regrette le député socialiste Christian Paul dans son rapport publié au nom de la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2014.

Pour y remédier, le PLFSS autorise pendant quatre ans “un financement dérogatoire” par l’assurance maladie et “des actes de télémédecine réalisés en ville et au sein de structures médico-sociales”. Un premier pas, pour le docteur Pierre Simon, président de l’Association nationale de télémédecine (Antel), qui pointe les effets néfastes de la concurrence entre secteur hospitalier et médecine de premier recours. “Dix milliards d’euros aujourd’hui versés aux hôpitaux publics devraient être consacrés au développement des soins à domicile”, estime-t-il. Même constat pour Lionel Reichardt, consultant “e-santé” et membre du think tank Club digital santé : “On observe une tendance au cloisonnement des différents acteurs, qui ne pensent pas assez le sujet sous l’angle du patient”, juge-t-il.

Manque d’évaluation économique

L’assurance maladie avance à reculons car elle craint que cela ne coûte plus cher que cela ne rapporte”, estime de son côté Yann Ferrari, en charge des recherches juridiques au centre e-santé de Toulouse. Car la télémédecine n’a pas, aujourd’hui, de modèle économique stable et aucune évaluation n’a pu prouver son intérêt pour remédier aux déficits publics. “La plupart des études réalisées ne sont pas suffisamment dimensionnées en termes de zones géographiques concernées et de patients traités”, confirme Pierre Traineau, directeur du Catel. Ce réseau d’acteurs publics et privés du secteur de l’e-santé a publié récemment ses préconisations dans un livre blanc, salué par Marisol Touraine. Il demande notamment d’“accélérer les décisions en matière de financement de la télémédecine” et de “clarifier le rôle des multiples gouvernances”.

“Il faut un changement culturel et organisationnel”, soutient Pierre Traineau. Car l’e-santé, dit-il, répond à des enjeux cruciaux : prise en charge plus rapide du patient, réponse aux déserts médicaux, soulagement du secteur hospitalier… 

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