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Guy Mamou-Mani : “Le numérique a besoin d’un portage politique plus fort”

22 sept. 2014, PAR Raphaël Moreaux
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Guy Mamou-Mani, président du Syntec numérique - © DR

Le problème du numérique n’est pas technologique, mais politique et sociétal”, analyse le président du syndicat professionnel Syntec numérique, Guy Mamou-Mani, après les annonces de l’exécutif sur “la transformation numérique de l’État”.


Quel regard portez-vous sur la stratégie de “transformation numérique de l’État” engagée par le secrétaire d’État à la Réforme de l’État, Thierry Mandon ?
Le numérique est un outil de compétitivité des entreprises, tout comme un instrument de modernisation de l’État. Sur ce sujet, nous avons assisté à une séquence de bonnes nouvelles avec la nomination d’un administrateur général des données et la volonté de Thierry Mandon d’aller plus vite sur les téléprocédures et la réorganisation des systèmes d’information des administrations. On constate, depuis quelques années, une forme de maturation des décideurs publics qui est plus que bienvenue.

Le sujet du numérique vous semble-t-il suffisamment porté au niveau ministériel ?
Je me bats beaucoup pour convaincre du caractère transversal de ces questions. Après avoir connu des portefeuilles ministériels de “l’Économie numérique”, puis la mention explicite au sein d’un “ministère de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique”, nous avons dorénavant un secrétaire d’État directement rattaché à Matignon [Thierry Mandon, ndlr] qui traite de ces sujets. Parallèlement, Fleur Pellerin, puis Axelle Lemaire, qui a poursuivi son travail au sein du secrétariat d’État chargé du Numérique, ont joué un rôle d’ambassadrices et ont fait beaucoup de pédagogie en direction des autres ministères.

Comment anticipez-vous le projet de loi sur le numérique qui doit être présenté en 2015 au Parlement ?
Le Syntec numérique participera à la grande consultation menée sous l’égide du Conseil national du numérique (CNNum) avant la présentation du projet de loi. Tous les sujets abordés vont dans le sens des recommandations que nous avons formulées, notamment pour que le numérique soit davantage considéré comme un levier de croissance et de compétitivité. Nous étions contre l’idée avancée à l’époque par Arnaud Montebourg, jugeant qu’il fallait “ralentir le progrès pour nous permettre de nous transformer”. Nous espérons que dorénavant, l’État sera en ordre de marche pour avancer sur ces questions.

Les administrations peinent pourtant à prendre le virage du numérique…
Il faut d’abord montrer ce qui fonctionne. Nous avons un secrétariat général à la modernisation de l’action publique (SGMAP) et une direction interministérielle des systèmes d’information et de communication (Disic) remarquables, avec qui les échanges sont fructueux. Le problème, c’est que les administrations doivent aussi gérer un certain historique. En plus d’initier une transformation, elles doivent mettre à jour leur passif et les centaines de milliers de données qu’elles ont recueillies jusque-là. C’est un chantier de long terme, complexe et coûteux.

Comment mener à bien cette transformation ?
Toutes les technologies existent pour répondre aux enjeux du numérique. Le sujet manque avant tout de portage politique. L’exemple du dossier médical personnalisé en est l’illustration parfaite. Voilà une très bonne idée, bien réalisée, pour laquelle toutes les technologies existent, mais dont l’accompagnement politique a été complètement raté. En France, nous souffrons d’une forme de schizophrénie : nous sommes à la fois très pointus, grâce à des écoles d’ingénieurs de qualité et à un tissu de start-up grandissant, et nous veillons en même temps à ne pas aller trop vite par crainte des conséquences en termes de ressources humaines.

Quelles solutions proposez-vous ? 
Avec 2 000 milliards d’euros de déficits publics et un manque évident de compétitivité, nous n’avons plus le choix dans les réformes. Le numérique peut contribuer de façon significative à répondre à ces défis. La dématérialisation des échanges ou les téléprocédures entraîneront des suppressions de postes dans un premier temps, mais il faut les assumer. Car à terme, un État plus léger, plus efficace sera toujours source de nouvelles créations d’emplois. Dans la santé par exemple, pourquoi investir des millions d’euros dans la construction d’hôpitaux alors que l’on pourrait diriger ces crédits vers le développement de la télémédecine et de l’e-santé, qui répondent aux mêmes enjeux d’accès au service public ? Le problème n’est pas technologique, mais bien politique et sociétal.