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Un rapport place Matignon au cœur de la transformation numérique

10 nov. 2014, PAR Xavier Sidaner
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Phiilippe Lemoine, auteur du rapport, entouré de la ministre Marylise Lebranchu (à gauche) et de la secrétaire d'État Axelle Lemaire. - © Romuald Meigneux/SIPA

Championne du numérique, la France n’est pas en retard par rapport à ses voisins et a des atouts à faire valoir, comme le relève un rapport sur la transformation de l’économie par le numérique, remis au gouvernement le 7 novembre. La politique d’ouverture des données publiques doit être améliorée, avec un pilotage au plus près de Matignon.


La transformation numérique présente pour la France bien plus d’opportunités que de risques, estime Philippe Lemoine, dans son rapport remis à Marylise Lebranchu, ministre de la Décentralisation et de la Fonction publique, et à Axelle Lemaire, secrétaire d’État au Numérique, le 7 novembre à l’issue de neuf mois de travaux.

La France n’a pas à rougir. Classée quatrième pour ses usages en ligne, selon un rapport de l’ONU [lire notre article], la France a aussi été l’un des premiers grands pays au monde à reconnaître des droits à ses citoyens avec la loi “Informatique et Libertés”, rappelle Philippe Lemoine. Hackatons, “fab labs”… La France parle le langage du numérique, avec pour preuve cette nouvelle semaine de l’innovation du 12 au 16 novembre qui mettra au jour le savoir-faire national et sa “French Tech”. Le rapport ne s’y trompe pas et va jusqu’à tresser quelques lauriers à “nos champions traditionnels que sont l’État et l’administration”. Un terreau favorable existe ainsi pour nous permettre “d’aller encore plus loin”, estime le rapport, qui mise beaucoup sur l’État pour améliorer l’offre de services publics en lien avec les usagers.

“Mettre en place des mécanismes plus coopératifs de délivrance des services publics par l’ouverture des systèmes et des organisations de l’État”, “aller vers des services publics qui soient 100 % numériques et qui ne s’opposent pas à l’humain”, ou encore “revisiter le dialogue usagers-administration à travers un réseau social « Administratissimo »” figurent parmi les préconisations principales de la mission.

Participation des usagers

En préalable, comme pour tempérer son enthousiasme, “il est absolument nécessaire de repenser le pilotage de la transformation numérique”, juge Philippe Lemoine. Le rapport cite l’exemple des “transports” : les usagers, expriment le besoin, et “l’on doit pouvoir répondre à cette demande par une nouvelle vision du pilotage de tels projets”, estime l’auteur du rapport, qui mise beaucoup sur l’aspect participatif pour faire bouger les lignes.

“En appui de la fonction « centrale » de coordination, de concertation et de mise sous tension de la transformation numérique et afin de garantir la nouvelle inflexion à donner au pilotage, associant entreprises et citoyens sur des objectifs précis et innovants, il nous paraît utile de créer un sommet annuel”, avance le rapport. Sur le modèle allemand, il associerait toutes les parties prenantes : administration, entreprises, particuliers.

Nouvelle gouvernance publique

En outre, l’autre vecteur sur lequel Philippe Lemoine insiste pour aller vers cette transformation numérique réside dans l’apport de la “data”, la donnée, considérée par beaucoup comme le nouvel or noir. Mais “l’approche est encore trop peu développée”, reconnaît le rapporteur, qui se fait plus critique dans son analyse. “Nous n’avons pas besoin d’une administration lourde mais, si nous voulons déployer les efforts qui s’imposent en sensibilisation et en formation et si nous voulons modifier les arbitrages budgétaires pour que la priorité au numérique ne soit pas seulement rhétorique, nous avons besoin de bien plus que d’un porte-parole, aussi talentueux soit-il”, écrit-il.

Si la création récente du poste d’administrateur général des données de l’État, confié à Henri Verdier [lire notre article], va dans le bon sens, elle ne couvre qu’une part limitée de l’enjeu, vu qu’il ne coordonne et ne pourra se mêler “que” de l’ensemble des données produites par l’État, estime l’auteur du rapport.

Installer, auprès du Premier ministre, un pilotage fort de la transformation numérique de l’économie et de la modernisation de l’action publique couvrant les principales fonctions de gouvernance. Telle est la piste évoquée par ce rapport, qui, de manière plus générale appelle, à “mieux structurer la gouvernance du numérique en France”.