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Service public de l’emploi : le président de l’ARF dénonce le lobbying de hauts fonctionnaires

18 déc. 2014, PAR Bruno Botella
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Manuel Valls et Alain Rousset lors du congrès de l'ARF, à Toulouse le 10 octobre 2014. - © Frédéric Lancelot/SIPA

Alain Rousset, président de l’Association des régions de France, a écrit au Premier ministre pour se plaindre de son revirement sur la régionalisation de l’accompagnement vers l’emploi. “La France est le seul pays d’Europe à maintenir un tel système de cloisonnement entre développement économique et emploi”, s’agace l’élu aquitain.
 


Le président de l’Association des régions de France (ARF), Alain Rousset (PS), a écrit au Premier ministre, Manuel Valls, pour lui faire part de son “étonnement” devant son revirement sur une régionalisation de l’accompagnement vers l’emploi, l’invitant implicitement à revenir à sa position initiale.

À la tribune du Sénat, le 28 octobre, Manuel Valls s’était dit “favorable à de nouveaux transferts de compétences de l’État vers les régions en matière de développement économique et à l’expérimentation en matière d’accompagnement vers l’emploi”.
Dans le même sens, le secrétaire d’État à la Réforme territoriale, André Vallini, avait jugé, la semaine dernière, qu’“il y aurait une vraie cohérence à donner aux régions tout ce qui concerne l’emploi”. Mais, à deux reprises, depuis, le chef du gouvernement a affirmé que “l’emploi doit rester de la prérogative de l’État”. Cette question figure aussi au programme de la “revue des missions” lancée par Thierry Mandon, secrétaire d’État chargé de la Réforme de l’État et de la Simplification.

Entretemps, adoptant le projet de loi NOTRe de nouvelle organisation territoriale, la commission des lois du Sénat a prévu de confier à la région de nouvelles responsabilités dans ce domaine, dont celle de “coordonner sur son territoire les actions des intervenants du service public de l’emploi”. C'est semble-t-il ce qui a mis "le feu aux poudres" pour un spécialiste. "Syndicats, hauts fonctionnaires, Pôle Emploi sont montés au créneau, pour dénoncer cette main-mise des régions, inscrit en filigrane dans un amendement alors que les régions sont partisans d'une expérimentation sur un champ limité de compétences".

Cloisonnement développement économique-emploi

Marylise Lebranchu, ministre de la Décentralisation et de la Fonction publique, a jugé mardi, lors de la discussion du texte en séance, qu’“il pourrait être dangereux de déstabiliser un système qu’il faut d’abord mieux faire fonctionner”.

Dans un courrier à Manuel Valls du mardi 16 décembre, rendu public le lendemain par l’ARF, Alain Rousset estime que “dans le contexte de chômage actuel, il n’est pas acceptable que tout débat sur le service public de l’emploi soit interdit et mis à mal par le lobbying intense et continu de quelques hauts fonctionnaires surtout désireux de ne rien changer (...)”, écrit-il.

Sur le fond, le président de la région Aquitaine fait valoir qu’“aujourd’hui, le pilotage du service public de l’emploi est dissocié des politiques de développement économique territorial et de la compétence « formation » des régions. Or la France est le seul pays d’Europe à maintenir un tel système de cloisonnement entre développement économique et emploi”.

Alain Rousset souligne aussi que “les régions n’ont jamais demandé ni la scission de Pôle emploi ni le transfert des personnels ni (…) les compétences d’indemnisation des demandeurs d’emploi”. Il continue de “proposer d’expérimenter” un système qui ferait des régions des “autorités organisatrices pour assurer la coordination des acteurs, (…) la répartition des moyens au plus près des besoins des bassins d’emploi”.

(avec AFP)