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Les opportunités du numérique, une chance pour l’Afrique

7 mai 2015, PAR Acteurs Publics
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© Chalasani/SIPA

L’Afrique a considérablement développé son secteur numérique en dix ans. Mais si 70 % des Africains possèdent un téléphone mobile, l’accès à Internet demeure limité sur le continent. “Le leadership gouvernemental est une exigence fondamentale pour réduire la fracture numérique”, relève un rapport du Forum économique mondial.


Open data, big data, technologies de l’information et de la communication (TIC) sont devenus les nouveaux outils de stratégie économique dans le monde. Et les pays en développement ne font pas exception. Mais ces technologies contribuent aussi à creuser une “fracture numérique” au désavantage des pays du continent africain. Pourtant, les bénéfices tirés de ces outils sont encourageants et l’Afrique a tout intérêt à en saisir les opportunités pour son développement.

Dans le secteur de la santé, les technologies et le numérique sont aujourd’hui assez matures pour connecter directement patients et personnel médical. En Afrique, l’étendue du réseau de téléphonie mobile (835 millions d’abonnements en 2014) a permis de développer de nombreux projets de télémédecine, comme le programme Tele-intencive Care Unit. Ce dernier permet de connecter les populations isolées à des médecins installés dans des zones urbaines. Les données médicales fournies par les peacemakers, la télémétrie, ou le suivi postopératoire de patients sont directement transmis aux centres médicaux.

Ces centres communautaires réussissent ainsi à gérer des centaines de patients en même temps, ce qui désengorge les hôpitaux, souvent surchargés et en nombre insuffisant. Ces programmes représentent donc un gain de personnel de santé non négligeable, surtout en Afrique, qui doit gérer 28 % des malades du monde entier avec seulement 3 % du personnel de santé global.

Succès des mooc

En parallèle à ces mécanismes, des formations en ligne sont proposées. Au Kenya, par exemple, l’e-learning permet de sensibiliser plus de 12 000 infirmières chaque année aux dernières avancées dans le traitement du paludisme et du sida. Plus qu’un simple outil de gestion des données, ce type de programmes entraîne, petit à petit, une véritable refonte du système de gestion et de management des hôpitaux.

En matière d’éducation, les derniers rapports de la Banque mondiale soulignent une amélioration globale de l’éducation en Afrique, sans attribuer cet effet au numérique. Mais il est certain que les nouveaux outils (ordinateurs, réseaux) joueront un rôle majeur à l’avenir dans la formation des jeunes. C’est pourquoi, l’Unesco et l’Agence française pour la francophonie travaillent de concert pour offrir des formations en ligne aux étudiants et aux professeurs francophones africains.

Différents enseignements en ligne, les mooc (massive open online courses), ont prouvé leur efficacité en permettant d’obtenir de véritables diplômes universitaires sans avoir à se déplacer. Certaines universités américaines proposent même des bourses aux meilleurs étudiants pour venir étudier aux États-Unis.

Le Sénégal a, quant à lui, misé sur le programme “Un étudiant, un ordinateur” en proposant aux étudiants des ordinateurs à prix réduit. Sept mille jeunes en ont bénéficié en 2013 et 800 de plus en 2014. Le gouvernement souhaite étendre cette initiative à l’ensemble des universitaires.

Retard de l’Afrique subsaharienne

Mais les lacunes des systèmes éducatifs africains ne proviennent pas uniquement d’un manque de moyens, le manque de qualification des enseignants étant également en cause. Pour faire face au manque d’enseignants après les crises politiques qui ont secoué la Côte d’Ivoire, le pays a recruté, sans les former, des professeurs à la va-vite. Depuis, un programme de formation ouverte et à distance (FOAD) a été mis en place pour mettre à niveau les enseignants.

À marche lente, l’Afrique intègre les outils numériques dans la sphère publique. L’e-gouvernance et l’e-administration sont déjà utilisées dans plusieurs pays, que ce soit pour faciliter l’accès de la population aux différents services publics en ligne ou lutter contre la corruption et la fraude. Si l’Afrique du Nord et du Sud se sont déjà bien engagés dans cette voie, l’Afrique de l’Ouest et centrale peinent encore à développer tout leur potentiel dans ce domaine.

Sur 31 pays d’Afrique subsaharienne présents dans le classement du rapport du Forum économique mondial, 30 figurent dans la dernière moitié. Seule la Mauritanie se place en 45e position sur 148 pays. De leur côté, toutefois, l’Afrique du Sud et le Nigeria ont gagné, respectivement, 5 et 7 rangs depuis 2012.

Pour Thierry Geiger, économiste et coauteur du rapport du Forum économique mondial, le leadership gouvernemental est une exigence fondamentale pour réduire la fracture numérique” et permettre un développement plus rapide des économies africaines. Les technologies de l’information constituent une véritable opportunité de développement. Selon un rapport McKinsey de 2013, l’Internet devrait contribuer pour 300 milliards de dollars au PIB africain en 2025.