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Plus ou moins d’autonomie : à chacun son école…

1 sept. 2015, PAR Acteurs Publics
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Manifestation à Londres, le 26 mars 2014, contre le ministre de l’Éducation Michael Gove et sa réforme renforçant l’autonomie des établissements - Alex MacNaughton Photog/REX/SIPA

À l’heure où la réforme des collèges ravive les débats sur l’éducation en France, la réussite du système finlandais est mise en avant. Elle serait due à une plus grande autonomie et à une collaboration renforcée des écoles et des professeurs. Mais une grande autonomie n’est pas forcément synonyme de panacée, semble montrer l’exemple britannique…


Seuls 5 % des enseignants français se sentent reconnus dans l’exercice de leur métier en 2014. Ce chiffre est le plus bas relevé dans une étude de l’OCDE où seul un petit tiers des professeurs interrogés disaient se sentir valorisés. Si l’on ajoute à cette déprime les résultats moyens enregistrés par les élèves français aux tests internationaux Pisa (25e place sur 65 pays), le débat resurgit : quel système est le plus efficace pour améliorer les résultats des élèves ?

Premier point sur lequel toutes les recherches s’accordent : les systèmes éducatifs qui réussissent sont ceux qui valorisent les professeurs. La Finlande et les Pays-Bas, où les enseignants se sentent davantage reconnus, sont des modèles souvent cités en exemples. Les systèmes éducatifs « à succès » s’efforcent d’attirer les candidats de grande qualité, dédient une grande part au partage des ressources éducatives pour les transformer en de bons enseignants, sont attentifs au développement continu de leurs capacités et établissent des structures de carrière qui récompensent les performances.

Éviter une progression de carrière indexée sur l’ancienneté et la qualification… Il est bien difficile d’arriver à cet idéal. En mars dernier, en Italie, le gouvernement Renzi a annoncé une énième réforme éducative. Parmi les mesures de la loi « La bonne école », un contrat permanent est offert à 100 000 remplaçants, des augmentations de salaire seront basées sur le mérite et les proviseurs auront plus de liberté pour licencier les enseignants « les moins capables ». Face aux manifestations à répétition, le gouvernement a retiré cette dernière proposition. La loi a été adoptée en première lecture au Sénat.

Manier le couperet du licenciement des « mauvais éléments » ne semble pas une pratique managériale efficace sur le long terme. Michael Gove, ancien ministre britannique de l’Éducation, avait promis, en 2012, que les enseignants non performants pourraient être licenciés par leur école dans l’année. Une politique jugée « intrusive et un véritable outil de terreur » par les syndicats d’enseignants. D’autant que cette mesure intervenait en même temps qu’une autre réforme majeure de l’éducation britannique, l’accroissement de l’autonomie d’une majorité d’établissements par rapport aux collectivités locales. Le nombre des academies (écoles primaires et secondaires) qui disposent de leur budget et de leur propre politique a été multiplié par vingt entre 2010 et 2014, passant de 202 à 4 000. « Une mutation sans précédent et profonde dans le système anglais », indique Stephen Machin, professeur d’économie à l’University College de Londres (UCL).

Activités extérieures et planning collectif

Si les résultats aux tests internationaux se sont améliorés, le blues des profs anglais s’est accru. Rien que l’année dernière, près de 4 enseignants sur 10 ont décidé d’arrêter d’exercer leur métier dans leur première année d’enseignement. Un exode qui a triplé en six ans. Alors qu’ils sont les mieux payés en Europe, les enseignants britanniques se disent fatigués de subir le joug de l’Ofsted, l’inspection générale chargée de juger l’efficacité du management d’un établissement, qui leur ferait subir une pression intense. Paradoxe du système : les nouvelles academies créées, qui peuvent être financées par des sociétés privées, seraient davantage contrôlées par l’Oftsed, mais pas soutenues. « Trop d’écoles ont été laissées de côté et les enseignants sont perdus, sans cap clair sur les objectifs à atteindre », peste le syndicat anglais des professeurs.

Quel degré d’autonomie laisser alors aux écoles et aux enseignants ? La Finlande, qui a fait sa révolution éducative dans les années 1970, semble avoir trouvé la réponse. Chaque école a l’obligation de mettre sur pied et de renouveler en permanence ses programmes. En matière de management, le système met l’accent sur l’autonomie des professeurs. « Ils planifient eux-mêmes les programmes, dont seules les grandes lignes sont fixées par le Conseil national de l’éducation et définissent les critères de réussite de leurs élèves, choisissent leurs livres et leur méthodologie », explique Pasi Sahlberg, éducateur finlandais et professeur à Harvard.

Les études indiquent que presque la moitié du temps des enseignants en Finlande consiste en des activités non directement liées à l’enseignement, telles que les travaux basés sur le programme scolaire, la collaboration avec les parents, les activités extérieures et le planning collectif. Chaque semaine, les professeurs se rencontrent pendant un après-midi pour évoquer ensemble leurs plans de cours et les écoles d’une même ville sont encouragées à travailler ensemble pour partager les meilleures pratiques et du matériel.

Partager les bonnes pratiques, l’idée a été reprise par le Royaume-Uni. En 2004, le gouvernement a testé un programme permettant aux écoles d’apprendre les meilleures pratiques des autres en finançant 1 500 groupes regroupant 6 écoles chacun. En à peine trois ans, le taux d’élèves maîtrisant les standards en écriture et lecture est passé de 63 à 75 %.

Combinaison unique de facteurs historico-sociaux

Au niveau du statut professoral, le système finlandais a également son originalité. Il n’existe pas de concours pour changer de carrière. « Grimper l’échelle n’affecte pas nécessairement l’autonomie des professeurs dans leur travail et leur permet d’évoluer au sein de l’école, explique Pasi Sahlberg. Des profs à succès peuvent devenir des proviseurs nommés par les autorités locales. » Une évolution d’autant plus simple que les proviseurs gèrent le budget de leur école mais n’ont pas d’autorité sur les professeurs et doivent assurer des heures de cours en plus de leurs autres charges.

Présenté comme un système idéal pour les pays occidentaux, le système finlandais commence pourtant à être remis en question. La baisse (relative) des élèves finlandais aux derniers tests Pisa de 2012 a enclenché les critiques. En vrac, on souligne que le système, parfait pour un pays de 5 millions d’habitants, n’est pas adaptable à d’autres « tailles ». Et qu’en fait, la clé de la réussite est une combinaison unique de facteurs historico-sociaux, non reproductible sur des générations. « Le pays était pauvre avant sa révolution éducative, il y avait donc une volonté très forte de s’élever par l’éducation, développe Pasi Sahlberg. Par ailleurs, les enseignants étaient sélectionnés très drastiquement et les élèves travaillaient dur selon les principes d’une méthode allemande fondée sur la hiérarchie. Depuis une quinzaine d’années, le pays s’est enrichi et les méthodes pédagogiques ont changé, le pays est devenu plus “scandinave” et s’inspire des méthodes suédoises, qui n’ont pas prouvé leur efficacité. »

Nouvel élan pour l’éducation finlandaise ? En mars 2015, le gouvernement a indiqué que dans les programmes scolaires, les sujets pourraient être remplacés par des thèmes. Ainsi le thème sur l’Union européenne mélangerait des éléments d’économie, d’histoire (celles des pays évoqués), de langues et de géographie. Une manière d’aborder différemment les programmes, qui a, en tout cas, le soutien des professeurs. Face aux critiques, le gouvernement finlandais souligne que les professeurs sont toujours considérés comme « les chandelles de la nation » et que seuls 10 % des candidats sont admis dans les écoles pédagogiques malgré une augmentation des volontaires. La majorité des enseignants interrogés dans l’étude de l’OCDE se sent valorisée par la société, plaçant sur ce critère la Finlande en tête des pays occidentaux.

Jean-Bernard Gallois