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Des universitaires se rebiffent contre la réforme de l’accès à l’enseignement supérieur

12 janv. 2018, PAR Soazig Le Nevé
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CHAMUSSY/SIPA

Une des instances de gouvernance de l’université Paris-I a voté une motion contre la mise en place de la réforme de l’accès à l’enseignement supérieur. Partout en France, des départements universitaires se mobilisent, estimant que le plan Étudiants introduit une sélection en conditionnant à des attendus l’entrée dans chaque filière.


Comme une rumeur qui gronde, aux quatre coins de la France, des enseignants-chercheurs se mobilisent contre le plan Étudiants présenté fin 2017 par la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, visant à réformer l’accès à l’université en le conditionnant à la maîtrise, par les étudiants, de certains “attendus” indispensables à la filière.

Ces attendus, définis par un cadrage national, doivent permettre aux établissements d’enseignement supérieur d’“identifier la façon dont ils vont accompagner les étudiants”, mais en aucun cas de les sélectionner, selon le ministère.

Présenté le 30 octobre dernier, le plan prévoit la mise en place, en terminale, de deux semaines dédiées à l’orientation et l’ouverture de la plate-forme d’inscription “Parcoursup” pour mettre fin à Admission post-bac (APB) et à la pratique du tirage au sort dans les filières dites en tension. Le plan ambitionne aussi de créer “un premier cycle sur mesure, personnalisé et modulable de plus ou moins de trois ans”.

Paris-I vent debout

Seulement, le scepticisme des enseignants demeure, face à une réforme déjà annoncée avant d’avoir été votée par le Parlement. Pour l’heure, en effet, le projet de loi relatif à l’orientation et à la réussite des étudiants a été adopté par l’Assemblée nationale après engagement de la procédure accélérée et a été transmis au Sénat, dont la commission de la culture recevra Frédérique Vidal le 17 janvier. “Si les universités mettent en place la réforme avant le vote de la loi, on nous expliquera que les députés sont obligés de la voter”, analyse sur Twitter le sociologue Éric Fassin, enseignant chercheur à Paris-VIII.

Pour s’opposer à cette mécanique, le 9 janvier, la commission formation et vie universitaire (CFVU) de l’université Paris-I a voté une motion (21 voix pour, 1 contre, 2 abstentions) pour annoncer au ministère qu’elle refusait de mettre en place sa réforme.

Les excellents et les “autres”

“En demandant aux universités de classer les candidatures étudiantes selon un certain nombre de critères, alors que les universités ont des capacités d’accueil limitées, le ministère s’apprête en réalité à mettre en œuvre une sélection qui ne dit pas son nom, argumente la CFVU. Sous couvert d’une supposée personnalisation, c’est un changement complet de la politique d’accès des bacheliers à l’enseignement supérieur qui est organisé. C’est un recul, et non un progrès social.”

Cette “sélection” ira de pair avec la mise en concurrence des établissements, redoutent les signataires : “Comment ne pas voir que la réforme en cours vise à faire le tri entre les établissements dits « d’excellence » qui accueilleront les « excellents » étudiants et les « autres » établissements qui accueilleront les « autres » étudiants ?”

“L’université Paris-I refuse la mise en place de la réforme de la sélection tant que la loi ne sera pas votée et tant que les moyens nécessaires à sa mise en place ne seront pas débloqués”, précise sur Twitter Frédéric Sawicki, professeur de science politique à Paris-I. Et de lancer un appel : ”Que les autres universités aient le courage d’adopter la même position !”

Vaste machine à trier ?

Marne-la-Vallée, Créteil, Montpellier, Dijon, Aix-Marseille, Lyon, Saint-Étienne… Depuis le mois de décembre, l’inquiétude monte dans les universités et les assemblées générales se succèdent. “C’est le droit fondamental aux études qui est remis en cause. Le « plan Étudiants » n’est qu’une vaste machine à sélectionner et à trier”, estiment ainsi 16 enseignants-chercheurs de diverses universités dans une tribune parue dans Libération le 12 janvier.

Alors que la nouvelle plate-forme d’inscription Parcoursup ouvre le 15 janvier, le flou demeure sur l’art et la manière qui présideront à l’examen des vœux formulés par les élèves. “Des millions de vœux seraient ainsi examinés, voire en partie automatisés. Selon quels critères ? Types de bac ? De lycée ? Notes de première et terminale ? Voire du brevet des collèges ? Les idées ne manquent pas !” raillent les 16 signataires de cette tribune. Lesquels affirment que seuls “les meilleurs bacheliers” pourront se voir inscrits dans la filière de leur choix.