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Une majorité introuvable en Italie

5 mars 2018, PAR Acteurs Publics
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Le leader de la Ligue, Matteo Salvini, le 5 mars à Milan - Nicola Marfisi/AGF/SIPA

Les populistes du Mouvement 5 étoiles (M5S), tout comme la Ligue, parti d’extrême droite, auteurs de percées historiques aux législatives du 4 mars en Italie, revendiquent chacun le droit de gouverner, excluant toute alliance “eurosceptique” entre eux.

 


Comme redouté, faute de majorité claire, les élections législatives du 4 mars en Italie ouvrent une phase d’incertitude politique dans la troisième économie de la zone euro.

Avec un vote marqué à la fois par le rejet de la vieille classe politique, l’exaspération face au marasme économique et les tensions autour des migrants et de l’Union européenne, l’Italie s’inscrit dans la lignée du Brexit, de la victoire de Donald Trump aux États-Unis et de la poussée de l’extrême droite ailleurs en Europe. “Pour la première fois en Europe, les forces antisystème l’emportent”, a résumé l’éditorialiste du quotidien La Stampa.

La coalition de droite est arrivée en tête avec 37 % des voix, selon des résultats portant sur 98 % des bureaux de vote. Mais en son sein, c’est la formation eurosceptique et anti-immigration du chef de la Ligue, Matteo Salvini, qui a largement devancé le parti de Silvio Berlusconi et revendique de diriger le gouvernement.

Pas d’alliance Ligue-M5S

Mais cette perspective est mise à mal par la percée historique du Mouvement 5 étoiles (M5S), qui devient le premier parti du pays avec un score dépassant les 32 %, après une campagne dirigée contre la corruption et la “caste” politique italienne. Le mouvement fondé par le comique Beppe Grillo en 2009 s’assure une position centrale au Parlement et vise désormais plus.

“Nous avons la responsabilité de donner un gouvernement” à l’Italie, a assuré son jeune chef de file, Luigi Di Maio, 31 ans, lors d’une déclaration à la presse à la mi-journée. “Il y a des régions entières où nous avons recueilli plus de 50 %, des zones où nous avons obtenu 75 % des voix”, a-t-il fait valoir.

Alors que le M5S a toujours refusé toute alliance, il s’est dit prêt “à discuter avec toutes les forces politiques”, mais sur la base du programme du mouvement : la pauvreté et le gaspillage, l’immigration et la sécurité, l’emploi et le développement. Quant au chef de la Ligue, il a aussi assuré qu’il parlerait “avec tout le monde”, mais a exclu devant la presse toute “majorité étrange” avec le M5S.

La gauche en chute libre

Matteo Salvini, qui aura 45 ans vendredi, a transformé l’ancienne Ligue du Nord sécessionniste en une formation souverainiste et a martelé un discours anti-immigration et défiant à l’égard de Bruxelles, qui semble avoir porté dans un pays en proie à l’euroscepticisme et qui a vu débarquer près de 700 000 migrants depuis 2013. Silvio Berlusconi, qui s’était présenté à Bruxelles comme le seul rempart contre les populistes et les forces anti-euro, a donc perdu son pari.

La possibilité d’une éventuelle grande coalition gauche-droite à l’allemande s’éloigne cependant en raison de la déroute du Parti démocrate de centre gauche de Matteo Renzi, qui plafonne à moins de 19 % des voix, moins de la moitié des 40 % obtenus aux élections européennes de 2014. Toute la gauche italienne est en chute libre. Les frondeurs de Liberi e uguali (Libres et égaux) sont à peine au-dessus du seuil des 3 % nécessaires pour entrer au Parlement.

Il appartiendra désormais au Président italien, Sergio Mattarella, de démêler l’écheveau dans les prochaines semaines. Mais ses consultations politiques officielles ne s’ouvriront pas avant la fin du mois, une fois élus les présidents des deux chambres, en principe le 23 mars.

(avec AFP)