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Le rapport Villani met l’accent sur le renforcement de la recherche

29 mars 2018, PAR Emile Marzolf
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DELETREE/SIPA

Le député Cédric Villani a présenté, lors d’un sommet au Collège de France, le 29 mars, son rapport final sur l’intelligence artificielle (IA). Le gouvernement veut “tracer une voie européenne de l’IA” en créant une filière d’excellence à la française et en anticipant les bouleversements du monde du travail.


La France fait non seulement face à une pénurie d’ingénieurs formés aux technologies d’intelligence artificielle (IA), mais aussi à une fuite des cerveaux et à une incapacité à transférer les fruits de la recherche dans l’industrie, déplore Cédric Villani, dans le rapport sur l’IA que lui a commandé le Premier ministre, Édouard Philippe, en septembre 2017.

Faute de salaires et d’opportunités à la hauteur des attentes des ingénieurs, nombre d’entre eux quittent en effet l’Hexagone pour rejoindre des entreprises américaines. Dans le rapport, le député de l’Essonne et ses collègues exposent plusieurs pistes pour relancer l’innovation française et anticiper les impacts de l’IA sur l’emploi.
 

Redorer la recherche publique

“Un minimum de doublement des salaires de début de carrière est indispensable sous peine de voir se tarir définitivement le flux de jeunes prêts à s’investir dans l’enseignement supérieur et la recherche académique.” Tel est le constat posé dans le rapport Villani. L’un des impératifs premiers consiste donc à rendre la recherche publique attractive. S’il n’entend pas voir la France rivaliser avec les géants américains du numérique, le député souhaite la rendre plus attractive vis-à-vis des chercheurs étrangers ou français expatriés au moyen d’une aide financière, d’une augmentation des salaires ou encore d’une aide à la mobilité internationale afin de créer “des incitations à émigrer, même si c’est pour mieux revenir”.

Autre axe de travail identifié dans le rapport pour attirer les talents, le gouvernement doit “fluidifier et amplifier les échanges académie-industrie”, de manière à dynamiser la recherche tout en facilitant sa concrétisation. Pour ce faire, le député n’hésite pas à proposer un temps de travail partagé pour les fonctionnaires titulaires, pouvant monter jusqu’à 50 %. La concrétisation de la recherche pourrait également être facilitée avec une aide visant à inciter les chercheurs à créer leur entreprise.
 

Réseau d’instituts de recherche

Mais pour remettre la recherche publique sur devant de la scène, le rapport préconise de réunir chercheurs, étudiants et entreprises au sein d’un réseau d’“instituts interdisciplinaires d’intelligence artificielle”. À travers ces instituts, la mission Villani souhaite reconstruire “des environnements de recherche attractifs et prestigieux”, diffuser “une formation scientifique de haut niveau en IA” et fluidifier les “interfaces entre disciplines et entre la recherche académique et le monde industriel”. Le tout devant permettre de favoriser “la transformation rapide des idées en preuves de concept, applications scientifiques, avancées technologiques et en propriété intellectuelle”.

Lors des appels à projets pour la création des instituts, les offres devront concilier interdisciplinarité et programmes d’affiliations industrielles, dans le but d’inclure d’un bout à l’autre de leur activité de recherche la finalité de l’application industrielle. Il est néanmoins prévu qu’ils soient financés par la puissance publique, au moins pour permettre leur fonctionnement “a minima”, le reste étant ouvert aux financements privés, à parité avec l’État.
 

Accompagner l’évolution du monde du travail

Conscient des bouleversements apportés par les technologies d’IA au monde du travail, Cédric Villani appelle également à anticiper son évolution. Cela passe, en premier lieu, par la création d’un “Lab public” sur la transformation du travail. Sa mission consisterait à “s’assurer que la capacité d’anticipation soit pérenne, continue et surtout articulée avec des politiques publiques”.

Pour ce faire, il convient que ce Lab puisse mener des expérimentations, notamment sur les modes d’apprentissage, car “les formations actuelles, qu’il s’agisse de la formation professionnelle ou de la formation initiale, sont loin d’être adaptées pour assurer cette transition”, explique le rapport. Celui-ci invite le gouvernement à favoriser la souplesse de l’offre de formation, qui doit s’adapter au plus vite à la demande des entreprises, en expérimentant de nouveaux dispositifs de formation professionnelle et en mettant l’accent sur des pédagogies qui encouragent la créativité.

À ce titre, il est proposé de revoir les modes de financement de la formation professionnelle. “Le développement de l’IA renforce la mutation des chaînes de valeur et entraîne une décorrélation entre les acteurs qui financent la formation professionnelle et ceux qui captent la valeur ajoutée”, note le rapport, de telle façon que ces sociétés du numérique à faible masse salariale ne participent pas à la transition professionnelle des individus d’autres secteurs. Il faudrait donc, selon le rapport, plutôt que de mettre en place une nouvelle taxation des entreprises destructrices d’emplois, instaurer “un dialogue social autour du partage de la valeur ajoutée au niveau de la chaîne de valeur entière.”
 

Doubles cursus IA-médecine, IA-psychologie…

Se préparer à l’automatisation des tâches et à l’évolution des métiers, c’est enfin, pour l’équipe de Cédric Villani, fixer un objectif “clair”. La mission propose ainsi, “à horizon trois ans, [de] multiplier par trois le nombre de personnes formées en intelligence artificielle en France, à la fois en faisant en sorte que l’offre de formation existante s’oriente vers l’IA, mais également en créant de nouveaux cursus et de nouvelles formations à l’IA”.

Le rapport insiste notamment sur l'impératif de féminisation du secteur du numérique. Mais aussi sur l'importance des doubles cursus, qui permettraient de lier compétences en IA et connaissances d’une discipline en tension à l’université, comme la médecine, la psychologie ou le droit.

Le détail des mesures retenues et prises par le gouvernement a été précisé par Emmanuel Macron, lors d’un discours au Collège de France, à l’occasion du Sommet pour l’intelligence artificielle.

Emile Marzolf