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À l’Éducation, Jean-Michel Blanquer joue à fond la carte “spoils system” (2/3)

5 avr. 2018, PAR Pierre Laberrondo
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Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, et la ministre de la Culture, Françoise Nyssen. - © Jacques Witt/SIPA – Romuald Meigneux/SIPA

Les ministres se sont approprié diversement la logique du renouvellement de leurs directeurs d’administration. Si le patron de l’Éducation nationale a fait le ménage dans son ministère, sa collègue de la Culture a maintenu un quasi statu quo. Focus sur ces deux ministères et deuxième volet de notre enquête sur le spoils system version Macron.


Un grand ménage effectué rapidement. Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, ancien directeur général de l’enseignement scolaire (Dgesco) sous la Présidence Sarkozy, a appliqué pleinement la logique du spoils system, selon notre enquête réalisée à partir des comptes rendus des Conseils des ministres intervenus au sein du petit monde des DAC entre le 15 mai et le 31 décembre 2017. Soit les six premiers mois de mandat.

S’il s’est laissé un peu de temps pour statuer sur les recteurs (11 ont été nommés mi-février), Jean-Michel Blanquer, ancien patron de l’Essec n’a pas traîné pour renouveler les postes clés de la Rue de Grenelle dès les premiers mois. Pour certaines sources, deux facteurs expliquent cette stratégie : des tensions dans l’équipe du tout début et une volonté du ministre de s’entourer de directeurs engagés à ses côtés pour toute la durée du quinquennat, ce qui posait de facto la question des directeurs déjà en place. Dès le mois d’août, il nomme un nouveau Dgesco, Jean-Marc Huart, l’un de ses anciens sous-directeurs à cette direction. Cet inspecteur général de l’éducation nationale de 50 ans, ancien membre du cabinet de Xavier Darcos à ce ministère, agrégé de sciences économiques et sociales, accédait ainsi à son premier poste de directeur.

Le ministre Blanquer, agrégé de droit public, a ensuite poursuivi son mercato en embauchant 3 juristes issus du Conseil d’État et assez politiques. La nomination du directeur général des ressources humaines a surpris tant l’heureux élu, Édouard Geffray, membre du Conseil d’État et ex-secrétaire général de la Commission nationale de l’informatique et des libertés, n’était pas connu pour son expertise des grandes masses ministérielles. L’ex-directeur de cabinet de l’éphémère garde des Sceaux François Bayrou se voyait attribuer là son premier poste de DAC. Pour la direction des affaires juridiques, Jean-Michel Blanquer a opté pour une autre membre du Conseil d’État, Natacha Chicot, qui prend elle aussi son premier poste de directrice. Issue du concours interne de l’ENA, cette ex-secrétaire générale adjointe du Palais-Royal passe pour une proche du Premier ministre, Édouard Philippe, avec lequel elle a siégé jusqu’au début de l'année 2018 au conseil municipal du Havre. Pour l’épauler au milieu de ces primo-directeurs, le ministre a enfin recruté une secrétaire générale expérimentée, puisée à gauche cette fois-ci : Marie-Anne Lévêque. Ex-DRH de l’État et fine politique, cette ancienne conseillère de Lionel Jospin et de Jean-Marc Ayrault formée sur les bancs de l’ENA avait rejoint le Conseil d’État au tour extérieur en 2015.

Quasi statu quo rue de Valois

Logique tout autre, en revanche, au ministère de la Culture. Incarnation de l’ouverture à la société civile, la ministre de la Culture, François Nyssen, n’a coupé aucune tête à son arrivée rue de Valois. Tout juste a-t-elle pourvu le poste clé de secrétaire général du ministère en nommant Hervé Barbaret, magistrat de la Rue Cambon et ancien patron du Mobilier national. Il s’agissait de remplacer Christopher Miles, nommé le 4 mai directeur général délégué du Palais de Tokyo.

Pour le reste, l’ancienne éditrice a maintenu les autres directeurs : Régine Hatchondo, directrice générale de la création artistique et ancienne conseillère de Manuel Valls à Matignon, le directeur général des patrimoines, Vincent Berjot, ancien hiérarque de la direction du budget à Bercy passé par la ville de Paris, l’ancien dirigeant de Radio France et de France Télévisions Martin Adjari (directeur général des médias et des industries culturelles) et le délégué général à la langue française et aux langues de France, l’universitaire Loïc Depecker.

Deux postes sont à pouvoir parmi les “directeurs bis” après les départs en février-mars, au sein de la direction générale des patrimoines, du directeur chargé des Archives de France (en place depuis huit ans) et celui de la directrice, chargée des musées (en place depuis dix ans). En revanche, la ministre, très mobilisée par une réforme de l’audiovisuel public à l’accouchement douloureux, a déjà changé son directeur de cabinet et plusieurs de ses conseillers.