Quantcast

La donnée, nouveau carburant de l’action publique

10 avr. 2018, PAR Emile Marzolf
  • 04
    MIN
  • 0

Henri Verdier, directeur interministériel du numérique et du système d’information et de communication de l’État (Dinsic) et administrateur général des données. - © Flickr - CC - Etalab

Affirmer la souveraineté de l’État, renforcer la production et la circulation des données et développer des outils d’intelligence artificielle. Tels sont les chantiers sur lesquels entend plancher l’administrateur général des données et directeur de la Dinsic.


“L’État en mode start-up”. Le précepte, titre d’un livre de Thomas Cazenave, délégué interministériel à la transformation publique, n’a jamais autant résonné. Alors que des incubateurs de services publics doivent essaimer dans les ministères, que la France poursuit sa stratégie d’État plate-forme tout en soignant l’image de marque de France Connect, l’administrateur général des données de l’État (AGD), Henri Verdier, a remis, ce mardi 10 avril, son second rapport au secrétaire d’État au Numérique, Mounir Mahjoubi.

Prenant l’exemple des géants numérique comme Airbnb et Uber, qui “illustrent, chacun dans leur domaine, le basculement des modèles d’affaires”, l’administrateur tente de définir la ligne que doit suivre l’État français en matière de production, de circulation et d’exploitation de la donnée. Intitulé “La donnée comme infrastructure essentielle”, ce rapport, publié deux ans après le premier, dresse un état des lieux de la donnée publique et propose des voies d’amélioration de l’action publique en la matière.

Fiabilité et disponibilité des données

Comme à son habitude, l’administrateur des données demande davantage d’efforts d’ouverture – dans la perspective d’une ouverture des données par défaut dès 2019 – et de circulation de la donnée, notamment grâce à toujours plus d’API, ces interfaces de programmation qui permettent aux logiciels de communiquer les uns avec les autres. Il met également l’accent sur la poursuite de standards de qualité dans la mise à disposition de la donnée publique, et ce pour un meilleur usage. “Le manque de circulation et d’exploitation des données, leur indisponibilité représentent une perte nette pour l’ensemble de la société”, prévient-il.

Une consultation publique menée par Etalab auprès de 160 utilisateurs potentiels des données de référence (répertoires des entreprises et associations, plan cadastral, référentiel des emplois et métiers…) a dressé un classement des critères de qualité sur lesquels veut travailler l’État. La fraîcheur de la donnée remonte au premier rang des exigences de qualité. Assez loin devant la publication sous des standards ouverts, la haute disponibilité des données et enfin leur exactitude.

Un administrateur général dans chaque ministère

Surtout, la donnée ne doit plus être pensée comme un simple outil au service de l’action publique, mais comme le principal carburant de celle-ci, à en croire l’administrateur général des données. “Il faut aujourd’hui considérer les données comme l’une de ces infrastructures essentielles et critiques. Essentielles car, dans une économie de l’information, l’accès à la donnée de référence fiable et à jour est la condition du développement des services numériques. Critiques, car il faudra s’assurer que la fourniture de ces données ne puisse être interrompue, qu’il s’agisse de défaillances involontaires ou d’actes malveillants”, écrit-il, en prenant l’exemple du fonctionnement des infrastructures routières.

Pour ce faire, Henri Verdier souligne l’importance de l’une des mesures annoncées dans le cadre du nouveau plan d’action pour un gouvernement ouvert, soit la création, dans chaque ministère, d’un administrateur général des données, bien que de tels postes existent d’ores et déjà aux ministères de la Transition écologique et solidaire, de l’Intérieur, des Finances et de l’Agriculture. Une réorganisation qui vise encore et toujours à améliorer l’action publique, que ce soit au travers de “nouveaux services pour les demandeurs d’emploi”, en “rapprochant automatiquement les bases de données des administrations”, ou bien encore en facilitant le repérage des entreprises en difficultés comme des vols de véhicules.

Alimenter l’intelligence artificielle

Moins de deux semaines après la remise du rapport Villani sur l’intelligence artificielle, le sujet est au cœur du rapport de l’administrateur général des données. “La question est simple : avec quelles données, et donc à partir de quels schémas culturels, seront éduquées les intelligences artificielles qui joueront un rôle économique et social si déterminant”, pose-t-il en introduction. Ce sont ces données qui, par millions, nourrissent déjà certains algorithmes de l’administration et nourriront les futures intelligences artificielles dit “fortes”.

La loi pour une République numérique a certes posé les jalons de cette réflexion en consacrant les principes de transparence des algorithmes publics et d’ouverture des données, mais beaucoup reste encore à faire. Car la bataille de l’intelligence artificielle ne se joue pas seulement sur le champ des ressources techniques pour la production et l’exploitation des données, mais aussi sur celui des décisions éthiques, politiques et culturelles, sur la base desquelles se construiront les programmes d’intelligence artificielle.

Le rapport d’Henri Verdier reprend d’ailleurs certaines mesures proposées par le rapport Villani. Il rappelle notamment l’impératif de la constitution d’un “pôle de compétences” au sein de l’État. “La Dinsic renforcera en 2018 son expertise et ses capacités en matière d’intelligence artificielle”, annonce-t-il, de manière à “faire de l’État l’un des premiers utilisateurs de ces outils”.