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Le secteur public allemand en grève pour des hausses de salaires

10 avr. 2018, PAR Acteurs Publics
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Des comptoirs vides à l'aéroport de Francfort, mardi 10 avril 2018, en raison d'un mouvement de grève - Arne Dedert/AP/SIPA

Plusieurs syndicats allemands de la fonction publique ont appelé à des “grèves d’avertissement” pour ce mardi 10 avril, afin de peser sur les négociations en cours sur les salaires.


Des débrayages dans les aéroports de Francfort, Munich, Cologne et Brême, des grèves dans les transports en commun, les crèches, le ramassage des ordures et les hôpitaux de plusieurs villes et régions, dont Berlin, la Bavière et la Rhénanie-du-Nord-Westphalie… Plusieurs syndicats allemands ont lancé, à partir du 10 avril et jusqu’au 13, un mouvement de grogne afin d’“augmenter la pression” avant la dernière des trois séries de négociations salariales du secteur, prévue les 15 et 16 avril. “Il faut s’attendre à des grèves massives dans toutes les régions”, a annoncé le principal syndicat de la fonction publique, Verdi.

Les principales organisations du secteur public (Verdi, GEW et DBB) exigent une hausse de 6 % des salaires et veulent que cette augmentation se traduise par au moins 200 euros de plus par mois pour les 2,3 millions de contractuels de la fonction publique employés par l’État fédéral et les communes.

Semaine de 28 heures

Elles surfent sur la récente victoire d’IG Metall, le puissant syndicat allemand de la métallurgie, vaste branche comprenant notamment l’automobile, qui a arraché, début février, un accord inédit sur le droit à la semaine de 28 heures – pour une durée limitée – et une hausse des salaires de 4,3 %, après avoir exigé initialement 6 %.

“L’économie est en expansion et les recettes fiscales de l’État et des communes n’ont jamais été aussi élevées”, justifie Frank Bsirske, responsable de Verdi, appelant à “partager la croissance”.

Le ministère de l’Intérieur, qui négocie au nom de l’État, estime que la revendication de 6 % est “clairement trop élevée et impossible à réaliser”. “Malgré les bonnes conditions économiques, l’État fédéral et les communes doivent encore réduire leur endettement”, fait-il valoir. “Malgré des rapprochements sur certaines questions, de grands différends persistent, notamment sur le montant minimum, mais nous espérons qu’il n’y aura pas de grèves massives”, avait déclaré le secrétaire d’État Hans-Georg Engelke à la sortie de la deuxième série de négociations, le 13 mars.

Chômage très bas et croissance

Les “grèves d’avertissement” – débrayages coordonnés de quelques heures – accompagnent traditionnellement en Allemagne le début ou le milieu des négociations salariales menées de manière saisonnière à l’expiration de chaque accord de branche. En cas de blocage plus persistant, les syndicats ont ensuite recours à la grève dite dure.

“L’ère de la modération salariale”, l’une des clés de la compétitivité allemande depuis la réunification, au détriment de ses voisins européens, est bel et bien “révolue”, constataient en novembre les “Sages”, un forum d’économistes conseillant le gouvernement allemand.

Les salaires allemands ont déjà progressé “plus vite que la productivité horaire” depuis six ans, soulignaient-ils, mais le mouvement s’est accéléré ces deux dernières années, à mesure que la croissance et le chômage historiquement bas – il est descendu à 5,4 % en janvier – rendaient aux syndicats leur pouvoir de négociation.

(avec AFP)