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Le 22 mai, nouveau test pour les syndicats de fonctionnaires

18 mai 2018, PAR Bastien Scordia

Cortège lors de la journée de mobilisation du 22 mars - Capture Twitter

Tenir tête au gouvernement, réussir la pérennisation de leur mouvement et maintenir l’unité syndicale : la journée de grève et de manifestations à laquelle appellent les 9 syndicats de fonctionnaires est un énorme pari pour les représentants du personnel. Tour d’horizon des enjeux de cette journée d’action, la troisième depuis le début du quinquennat.


Rebelote. Après le 10 octobre et le 22 mars, les fonctionnaires seront une nouvelle fois dans la rue mardi 22 mai, au lendemain de la Pentecôte. Une journée d’action à l’appel de l’ensemble des organisations syndicales du secteur public : la CGT, FO, Solidaires, la FSU, la CFE-CGC, la CFTC, la FA-FP, l’Unsa et la CFDT. Pour rappel, ces deux dernières centrales ne s’étaient pas jointes à l’appel à la mobilisation de mars dernier.

Les revendications des représentants du personnel sont connues et, pour la plupart, similaires à celles de la journée du 22 mars : la question de l’amélioration du pouvoir d’achat des agents publics (abrogation du jour de carence, revalorisation du point d’indice, juste application du protocole PPCR sur l’amélioration des déroulements de carrières), la nécessité d’un dialogue social “respectueux” des représentants du personnel, le rejet du projet de suppression de 120 000 postes, du recours accru au contrat et de la remise en cause des instances de dialogue social du secteur public. En somme, une opposition ferme au projet du gouvernement de réformer le cadre statutaire des agents publics.

Lancée début avril, la concertation à ce propos doit aboutir à la présentation d’un projet de loi au début de l’année prochaine. Mais au-delà de ces exigences, la journée 22 mai revêt également d’autres enjeux d’importance pour les leader syndicaux. Passage en revue.

Tenir tête au gouvernement. Troisième appel à la mobilisation depuis le début du quinquennat, la journée du 22 mai sera une nouvelle fois l’occasion pour les représentants du personnel de rappeler leur opposition à la politique de l’exécutif. Un bras de fer engagé depuis le début du quinquennat et que les syndicats de fonctionnaires comptent bien tenir. Lors de chaque rencontre avec le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, et le secrétaire d’État placé à ses côtés, Olivier Dussopt, ou avec les représentants de l’administration, les leaders syndicaux ont toujours eu à cœur d’exprimer leur forte défiance (individuellement ou unitairement) quant à l’avenir réservé par l’exécutif à la fonction publique. Dernier exemple en date : la réunion multilatérale organisée, mardi 16 mai, entre Olivier Dussopt et l’intersyndicale dans le cadre du préavis de grève du 22. À cette occasion, le secrétaire d’État “n’a apporté aucune réponse satisfaisante aux organisations, ont regretté dans un communiqué commun les 9 syndicats de fonctionnaires. Cela confirme qu’il n’y a pas de véritables concertations ouvertes par le gouvernement”. Reste à savoir si le bras de fer sera gagné par le front syndical. Pas sûr, étant donné la détermination du gouvernement à faire aboutir les 4 chantiers qu’il a lancés dans le cadre de la réforme de la fonction publique : la définition d’un “nouveau modèle” de dialogue social par la réorganisation et la simplification des instances actuelles, l’élargissement du recours aux contrats, l’évolution des politiques de rémunération dans la fonction publique et le renforcement de l’accompagnement des agents pendant leur carrière.

Réussir la pérennisation du mouvement. C’est un enjeu de crédibilité pour les représentants du personnel. En effet, si les chiffres de la mobilisation du 22 mai s’avéraient inférieurs à ceux des journées d’action précédentes, les organisations auraient toutes les peines à justifier d’un engouement de “la base” à s’opposer à la politique du gouvernement. Pour rappel, lors de la journée de mobilisation du 22 mars (où l’Unsa et la CFDT n’appelaient pas à la mobilisation), les chiffres de la participation ont atteint 12,80 % dans la fonction publique d’État et 8,11 % dans la territoriale. Des taux en légère baisse par rapport à la journée d’action unitaire du 10 octobre 2017. L’automne dernier, le taux de grévistes s’établissait à 13,95 % pour l’État et à 9,5 % pour la territoriale. Seule l’hospitalière avait enregistré, le 22 mars, un niveau de participation légèrement supérieur à la précédente journée d’action, avec 10,9 % le 22 mars, contre 10,4 % le 10 octobre 2017 [cliquez ici pour consulter notre article : “Le nombre de grévistes en baisse dans la fonction publique”].

Maintenir l’union (avant d’entrer en compétition). La journée d’action du 22 mai sera-t-elle la dernière où l’ensemble des 9 organisations syndicales défileront côte à côte ? La question peut se poser alors que les élections professionnelles se rapprochent à grands pas – elles se tiendront le 6 décembre prochain. Campagne électorale oblige, les positions des représentants du personnel devraient, sans surprise, commencer à diverger, notamment sur les modalités d’action futures (par exemple, à l’occasion du rendez-vous salarial de juin prochain ou des suites données au rapport du comité Action publique 2022). “La foire d’empoigne ne devrait pas tarder entre certains”, juge un observateur averti du secteur public. L’enjeu est effet de taille pour les organisations syndicales : si elle l’emporte en décembre prochain dans la fonction publique, la CFDT pourrait ainsi ravir à la CGT la tête du syndicalisme français. D’autres syndicats jouent en revanche leur survie dans certaines administrations, voire dans la sphère publique.