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01/02/2010
Assemblée

Les Quatre Colonnes, chambre d’écho des sans-voix

xavier Gillet

La célèbre salle du Palais-Bourbon, où se croisent députés et journalistes, n’est plus le terrain des joutes politiques. À l’instar des proches de Dominique de Villepin, qui en ont fait leur jardin, elle est aujourd’hui ce lieu où les voix minoritaires peuvent se faire entendre.


“Il est plus beau d’éclairer que de briller. La salle des Quatre Colonnes est un endroit qui permet d’éclairer”. Pour justifier le temps passé dans cette salle emblématique de l’Assemblée nationale qui pourrait être sa seconde circonscription, le député proche de Dominique de Villepin, Hervé Mariton, cite saint Thomas d’Aquin. Lieu typique de la vie politique française, la salle des Quatre Colonnes, située à la sortie de l’hémicycle du Palais-Bourbon, est cet endroit où se retrouvent députés et journalistes les mardis et mercredis après-midi. Une salle dont l’exiguïté symbolise la proximité que s’autorisent en France les mondes de la politique et de la presse.

Elle offre la possibilité aux députés de distiller petites phrases et confidences, mais surtout d’obtenir un bref passage à la télévision ou à la radio – puisqu’ils sont rarement invités dans les émissions politiques. Une voie aujourd’hui bien plus efficace, d’ailleurs, que jouer des coudes dans le champ des caméras disposées dans l’hémicycle. Ce centre de la vie parlementaire pâtit depuis quelques années de la perte de pouvoir des chambres, puisqu’il ne constitue plus le théâtre de joutes d’appareil. “Avant la dernière élection présidentielle, c’était là que se déroulait la bagarre entre les fidèles de Nicolas Sarkozy et ceux du Premier ministre d’alors, Dominique de Villepin”, se rappelle Alain Auffray, journaliste à Libération.

Voix marginales

Les députés proches de Nicolas Sarkozy ont depuis déserté la salle des Quatre Colonnes. Il faut noter que le président de la République n’a jamais souhaité constituer un réseau de parlementaires : “Quand il a pris la présidence de l’UMP, il nous avait fermement interdit d’en créer un”, explique un proche du chef de l’État. Quant aux fidèles de Dominique de Villepin, eux sont restés des piliers des “Quatre Col’”, mais pour y faire entendre leur voix, devenue marginale. Sur les quelques dizaines de députés qui ont l’habitude du lieu, il est très rare de ne pas compter au moins deux à trois des six épées villepinistes.

Autres exemples de voix minoritaires au sein de leur famille politique à “squatter” la salle des Quatre colonnes : le président du petit parti gaulliste “Debout la République”, Nicolas Dupont-Aignan, ou l’inénarrable Maxime Gremetz, député apparenté communiste. Ce dernier en est l’une des célèbres figures, mais à l’entendre, ce serait presque un hasard si on l’y retrouve toutes les semaines : “Je passe, simplement ! Je ne viens pas quémander aux journalistes, jamais je ne traîne pour quémander”, insiste le truculent député de la Somme.

Selon le député villepiniste François Goulard, cette chambre d’écho s’avère aujourd’hui “nécessaire” : “Sinon, la communication serait aujourd’hui l’apanage exclusif des grandes formations politiques, assure le député du Morbihan. Plus personne n’écoute ce qui se dit dans les discussions générales, en séance. En revanche, ce que l’on dit ici est écouté.” Du temps passé à répéter ces commentaires et analyses aux journalistes, Hervé Mariton constate “une évolution du débat” : “Les journalistes vont vers ceux qui ont des choses à dire, et de préférence des choses intelligentes à dire”, dit le député de la Drôme. “Il y a une espèce de jeu entre eux et nous qui fait qu’on finit par s’habituer à leur donner la parole, confie un journaliste. Tant mieux pour eux, mais ça n’a pas une signification politique énorme.”
Thomas Renou

Les règles du jeu
La petite vie des Quatre Colonnes est régie par quelques principes, coutumiers ou inscrits dans le règlement de l’Assemblée nationale. Dans la première catégorie figure par exemple la possibilité pour les journalistes de faire passer des messages ou des demandes d’interview aux députés assis dans l’Hémicycle, les huissiers jouant alors le rôle de facteur. La principale règle formelle est la suivante : à moins d’une autorisation spéciale délivrée par la présidence de l’Assemblée, ne peuvent être interrogés par la presse que les députés ou les ministres. 

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