Sauver les marches de d'Artagnan

Pour financer leurs projets culturels, les collectivités françaises se tournent peu à peu vers le mécénat, à l'image de la ville d'Auch. Une diversification des ressources nécessaire en période de baisse des dotations.
Un escalier monumental haut de 35 mètres surveillé par la statue du plus célèbre des Gascons, le capitaine des mousquetaires d’Artagnan. Ce haut lieu du patrimoine auscitain, construit en 1863 et gravi par les pèlerins en route vers Saint-Jacques-de-Compostelle, est longtemps resté sans entretien, peu à peu rongé par les outrages du temps (fissures, affaissement, infiltrations…). Si bien qu’en 2008, sa restauration est devenue un enjeu de la campagne des municipales.
Élu maire, le socialiste Franck Montaugé a rapidement planifié un vaste programme de rénovation sur dix ans. Un projet à 8 millions d’euros… “injouable financièrement avec les montages financiers traditionnels, confie le premier magistrat. Alors que le désengagement de l’État se poursuit, il nous fallait trouver d’autres solutions, sous peine de voir le monument, source de lien social et d’attractivité touristique pour notre territoire, se détériorer”. Notamment parce qu’Auch ne dispose “que” des ressources d’une ville de 24 000 habitants et du soutien d’un département d’à peine 185 000 habitants, l’un des moins peuplés de l’Hexagone.
Sans en connaître les rouages, comme la plupart des collectivités françaises, très en retard sur les pays anglo-saxons, Auch s’est tournée vers le mécénat culturel, “initiée” en cela par un sénateur du cru, Aymeri de Montesquiou (RDSE), qui a joué les intermédiaires entre la mairie et la fondation d’entreprise Total. Et Total a sorti son carnet de chèques : 270 000 euros pour financer la première phase de la restauration, d’un montant global d’1,8 million d’euros. Soit beaucoup plus que la souscription lancée auprès de la population – 54 000 euros –, à laquelle ont répondu quelque 200 donateurs.
Pas de logo
“Ne disposant que d’une faible expérience en matière de mécénat, nous avons travaillé avec la Fondation du patrimoine, qui s’est chargée de collecter les fonds auprès de Total comme des particuliers”, précise Franck Montaugé. En échange d’une commission de l’ordre de 3 % des dons. Le mécénat d’entreprise reposant sur un engagement qui se doit d’être réciproque entre le partenaire public et le mécène, le géant pétrolier ne pourrait-il pas exiger en “retour d’investissement” que son logo soit accolé sur l’escalier historique, à l’image des sponsors sportifs sur les maillots des footballeurs ?
Une perspective incongrue et visiblement totalement exclue. “Nous entendons développer une relation de proximité et de confiance avec nos donateurs, entreprises ou particuliers, en les associant étroitement à la communication sur l’avancée de l’opération, indique le maire d’Auch. Parce que nous entendons les fidéliser.” Dans un subtil équilibre, la mairie n’oubliera donc jamais de remercier ses généreux mécènes. Mais ils devront rester discrets.
Le mécénat d’entreprise, c’est…
11 milliards d’euros : montant de l’ensemble des aides publiques (État, collectivités) en faveur de la culture en 2008
350 millions d’euros : montant de l’ensemble des financements privés pour la culture la même année
12 milliards d’euros : montant annuel du mécénat privé aux États-Unis
2 milliards d’euros : montant des financements publics américains à la culture, essentiellement locaux
60 % : le mécénat d’entreprise ouvre droit à une réduction d’impôt de 60 % du montant du versement, dans la limite de 5 ‰ du chiffre d’affaires
Lire aussi :
- A Beauvais, le "speed meeting" de la culture et de l'économie
- A Périgueux, une histoire d'eau


















