02/07/2009

La réforme avance mais inquiète

Le ministère de la Défense est l’une des administrations les plus en pointe en matière de Révision générale des politiques publiques. À ces réformes viennent s’agréger les implications du livre blanc et la loi de programmation militaire. Un exercice difficile mais pas insurmontable.


Les axes prioritaires

1. Une carte militaire réorganisée
L’armée a engagé la réduction du format de ses unités pour se concentrer pleinement sur ses capacités opérationnelles. À ce titre, elle a dévoilé, à l’été 2008, une liste d’unités qui devaient fusionner, se regrouper, être transférées ou bien être dissoutes. Ainsi, 83 sites et régiments à travers la France sont voués à disparaître d’ici 2012 : 11 en 2009, 16 en 2010 et le reste en 2011. Les unités ou sites en question sont de tailles très variables, de quelques dizaines à plus de 2 500 personnes pour la base aérienne 128 de Metz, appelée à fermer après 2011.
Conséquence de cette restructuration : les effectifs de la défense seront amputés de plus de 54 000 personnes, dont le quart concerne des civils. "À ces 54 000, il faut ajouter la suppression de 16 000 autres postes du fait de l’externalisation de certains services", explique Gilles Goulm, secrétaire général FO des personnels civils de la défense. "Étant donné la fermeture sèche de nombreuses unités, prévue dès 2009, où reclasser les personnels quand ceux-ci ont un conjoint qui travaille sur place ? À 300 kilomètres ?" s’interroge-t-il. De son côté, Patrick Douspis, président fédéral de la CFTC-Défense souhaite la mise en place d’un "échéancier qui permette de résorber les 100 000 postes militaires affectés à la fonction soutien, tâches que les civils qui sont eux aussi affectés par les réformes, sont capables d’effectuer : gestion, comptabilité, habillement…" En attendant les négociations sur ce volet, une agence de reconversion appelée Défense mobilité a été créée à Paris. Elle est ouverte aux militaires, à leurs conjoints et… au personnel civil.

2. La gestion immobilière
Le ministère de la Défense possède de très nombreuses emprises domaniales, à Paris et en province, représentant plusieurs centaines de sites sur plusieurs milliers d’hectares. Dans le cadre de la RGPP, il était prévu que le ministère cède les sites libérés. Parmi ceux-ci, l’hôtel de la Marine, situé place de la Concorde à deux pas de l’hôtel Crillon, devrait être cédé à un groupe hôtelier. Toutefois, rien n’est encore décidé et le choix sera interministériel. Pour équilibrer le budget du ministère de la Défense, il est prévu, dans la loi de finances 2009, la cession d’immeubles pour 1 milliard d’euros.
"C’est du vent. Jusqu’à présent aucun immeuble n’a été vendu. En plus, on parle de céder certains d’entre eux pour l’euro symbolique !" tempête Gilles Goulm, secrétaire général FO des personnels civils de la Défense. Le syndicaliste craint que le ministère ne récupère pas d’argent de ces cessions avant 2010 ou 2011. Néanmoins, un protocole d’accord a été signé le 5 septembre 2008 entre le ministère de la Défense et celui de l’Enseignement supérieur. Il prévoit de réhabiliter d’ici 2010 les casernes de 15 villes en cités universitaires. Par ailleurs, la réalisation d’un "Pentagone français" qui regroupera les états-majors des armées sur un site de 16 hectares près du métro Balard à Paris suit son cours.

3. Les bases de défense
Pour compenser la perte et la restructuration d’unités, mais aussi pour réorganiser le soutien opérationnel, le ministère a décidé de créer 90 bases de défense "avec une logique d’efficacité", soutient-on à l’Hôtel de Brienne. Ces bases de défense regroupent, sur une aire géographique donnée, des soutiens de l’ensemble des formations du ministère de la Défense situées dans un rayon d’environ 30 kilomètres. Leur raison d’être est d’assurer le soutien "commun" des formations et organismes stationnés au sein de ce périmètre. Dans l’ensemble, la création des bases de défense se déroule sans trop de heurts.
À l’aune des premiers retours d’expérience, il est possible de dire que l’armée doit relever un grand défi : celui d’harmoniser les réglementations et les procédures. En effet, les cultures se sont sédimentées, stratifiées au cours des âges, entre la Marine et l’armée de terre, ensuite entre ces deux entités et l’armée de l’air. En 2009, 11 bases de défense ont vu le jour. En 2010, elles se verront adjoindre 7 bases pilotes avant que le système soit généralisé en 2011. Les bases de défense seront alors au nombre de 70 environ sur le territoire métropolitain, 5 à Paris même et 9 outre-mer. Mais dans un document interne révélé par Libération, le général Elrick Irastorza, chef d’état-major de l’armée de terre, remarque que "c’est incontestablement la mise en place des bases de défense qui soulève le plus d’interrogations, car beaucoup redoutent qu’elle ne conduise à une déstructuration des régiments".

Christophe Soulard-Coutand

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