Bernard Kouchner : "Adapter l’outil diplomatique au XXIe siècle"

Le ministre des Affaires étrangères et européennes estime que son administration doit coordonner tout ce qui touche à l'action extérieure de la France. Il déclare qu'un agent retraité sur deux ne sera pas remplacé au Quai d'Orsay.
Quelles seront les missions de votre ministère en 2012 ? Avec quels objectifs ?
Pour répondre à cette question, nous menons en ce moment deux exercices parallèles et complémentaires. Il y a d’un côté un Livre blanc sur la politique étrangère et européenne, dont l’élaboration a été confiée à Alain Juppé et Louis Schweitzer, qui animent une commission d’une quarantaine de membres. Il y a également, bien sûr, l’exercice de Révision générale des politiques publiques. À partir d’une analyse des grandes évolutions géopolitiques, ces deux exercices convergent pour repositionner l’outil de l’action extérieure de la France. À l’horizon 2012, l’objectif est pour nous de renforcer, à Paris, le rôle du ministère des Affaires étrangères et européennes dans l’animation et la coordination interministérielle sur tout ce qui touche à l’action extérieure. Il est aussi, sur le terrain, de renforcer les ambassadeurs, qui doivent devenir les véritables patrons de l’ensemble des composantes de nos dispositifs publics. D’une manière générale, le ministère doit se renforcer dans ses fonctions de stratégie et de pilotage d’opérateurs auxquels seront davantage délégué la gestion opérationnelle des projets.
Quel est aujourd'hui le chantier prioritaire de réorganisation de votre administration ?
Trois chantiers principaux vont être conduits dans les années qui viennent. D’une part, la réorganisation du réseau de l’État à l’étranger. Son universalité a été confirmée, mais il faut adapter notre présence pays par pays, conformément à nos intérêts. Le fonctionnement de ce réseau doit en outre être beaucoup plus interministériel, notamment pour tout ce qui relève de la gestion des moyens. Second chantier : la réorganisation de l’administration centrale du ministère, avec un nouvel organigramme qui clarifiera responsabilités et métiers. Le troisième chantier sera la mise en place de nouvelles relations entre le ministère et ses opérateurs, en particulier dans le domaine de la coopération internationale et du développement. À ce titre, la tutelle exercée sur l’Agence française du développement va être renforcée. Un nouvel opérateur, chargé de la mobilité internationale et de la mobilisation de l’expertise française à l’étranger, va être constitué. L’opérateur chargé des projets culturels, CulturesFrance, va se voir définir de nouvelles responsabilités et un nouveau statut.
Certaines activités de votre ministère ont-elles vocation à être externalisées demain ? Pourquoi ?
Le ministère a déjà testé certaines formes d’externalisations, notamment dans nos consulats, où nous confions à des opérateurs extérieurs la gestion de certaines procédures administratives préalables à la délivrance des visas (gestion des rendez-vous notamment). Des améliorations sensibles du service rendu ont ainsi été enregistrées là où ces procédures ont été testées, notamment à Moscou et à Istanbul. Nous poursuivrons ces externalisations, en respectant à chaque fois trois conditions : une amélioration du service pour les usagers, des gains de productivité pour l’État, un cahier des charges extrêmement précis pour les opérateurs extérieurs.
Ne pas remplacer un retraité sur deux, est-ce possible dans votre ministère ?
Les réorganisations prévues au cours des prochaines années permettront à ce ministère de ne pas assurer le remplacement d’un agent titulaire sur deux partant à la retraite, conformément à la norme fixée par le Premier ministre.
Comment motivez-vous les agents autour de la réforme de votre ministère ?
Les personnels du ministère comprennent bien la nécessité de la réforme pour adapter l’outil diplomatique aux enjeux du XXIe siècle. Mieux que d’autres Français, sans doute, ces femmes et ces hommes, qui ont les yeux tournés vers le monde extérieur, perçoivent la nécessité de réformer notre pays. Ils savent en outre que le retour de 50 % des économies dégagées par les gains d’emplois permettra d’accompagner socialement ces réformes, en particulier par la revalorisation de certaines rémunérations des personnels les plus exposés.
Propos recueillis par L. F.
Ses chantiers
- Modifier le réseau de l'État à l'étranger conformément aux intérêts de la France
- Réorganiser l'administration centrale pour clarifier les responsabilités et les métiers
- Rénover les relations entre le ministère et l'Agence française de développement et CulturesFrance
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