03/07/2008
Recrutement

Les concours critiqués

Les concours de la fonction publique n'ont plus la cote. En février, un rapport proposait d'en transformer l'organisation. Passage en revue des cinq reproches les plus fréquents : obsolètes, trop nombreux, mal ciblés, uniformes et trop académiques.


Obsolètes
“Le concours ne permet pas avec certitude de répondre de la manière la plus efficace aux besoins des services qui recrutent.” Dans son rapport remis au gouvernement en février, Corinne Desforges, inspectrice générale de l’administration, assène un jugement sévère. Les concours d’accès à la fonction publique sont obsolètes. Ils n’ont pas évolué depuis… soixante ans. Louis Schweitzer, président de la Halde, ne dit pas autre chose. Il appelle à une “meilleure diffusion de l’information, une meilleure préparation aux concours d’accès, une révision des conditions et des règles d’accessibilité”*. Des idées pas vraiment nouvelles, comme l’explique Benoît Garcia, du syndicat national des agents de la DGI (Snadgi) : “Les questions sur le recrutement dans la fonction publique d’État se posent depuis dix ans. Le Conseil d’État s’est penché dessus en 2003. Il y a très peu de nouveautés dans le rapport Desforges.” Sauf que, cette fois, la volonté politique est plus forte, assurent certains. Dès cette année, le gouvernement compte réformer les concours de l’État sur la base de ces propositions.

Trop nombreux
Les enjeux sont colossaux. Sur le plan humain, près de 700 000 candidats se présentent chaque année aux concours de la fonction publique de l’État, dont les principaux sont ceux de l’enseignement, de la police et de l’administration des finances. Un peu moins de 10 % sont reçus. Principal avantage : les concours répondent à l’exigence d’égalité d'accès à la fonction publique. Mais ils sont trop nombreux. Plusieurs milliers de procédures chaque année. La priorité est donc de recentrer les recrutements autour de quelques “grands concours”. Les épreuves seraient organisées par filières ou niveaux et non plus par corps. Une contradiction, selon Benoît Garcia, qui ne comprend pas que l’on puisse à la fois “vouloir des concours adaptés à des métiers et faire des grands concours”.

Mal ciblés
À en croire le rapport de Corinne Desforges, l’organisation actuelle des concours répond mal aux besoins des administrations. Elle les qualifie de “machines à sélectionner des candidats, sans objectif précis en termes d’emplois à pourvoir” et regrette que les concours à la française opèrent sur le mode de la sélection plus que du recrutement. “Je pense que l’État doit sélectionner et recruter”, estime de son côté Benoît Garcia, du Snadgi. Un autre syndicaliste tempère les défauts du système actuel : “Aujourd’hui, la logique veut que l’on fasse un peu tous les métiers dans une direction ou un ministère. Ce n’est donc pas gênant d’avoir une formation plus généraliste et des épreuves de culture générale lors des concours.”

Des candidats uniformes
Quelque 70 % des lauréats (hors éducation nationale) aux concours externes de catégorie C ont au moins le bac, alors que le niveau requis est… le brevet des collèges. Les enfants de fonctionnaires sont également surreprésentés. Pour renouer avec la diversité sociale, le gouvernement envisage de créer un baccalauréat professionnel “métiers de la fonction publique” et de mettre en œuvre une formation universitaire de base préparant aux concours de catégorie A. Pour les concours internes, il s’agira de limiter les épreuves de connaissance et valoriser les compétences. Ces propositions demeurent floues. “De quel bac pro parlons-nous ? D’un bac pro fonctionnaire ou d’un bac pro spécifique à chaque métier ? Si l’on prend en compte la deuxième solution, il faudrait créer 1 000 nouveaux bacs professionnels !”, ironise Benoît Garcia.

Trop académiques
Le rapport Desforges suggère que les épreuves des futurs concours soient “aussi professionnalisées que possible”. Objectif : que les affectations s’effectuent en fonction des besoins des ministères employeurs sur le modèle de la fonction publique territoriale. Une proposition qui vaut aussi pour les concours internes. Certains ministères le pratiquent déjà. “Les concours internes d’inspecteurs de Bercy de catégorie A et B ne comportent pas d’épreuves de mathématiques mais des épreuves de droit fiscal, nécessaire au métier”, décrit un agent. Cela permet à ces concours de jouer leur vrai rôle. C'est-à-dire reconnaître les acquis de l’expérience professionnelle et, pourquoi pas, le mérite, sans toutefois se passer du sacro-saint concours. Bref, faire en sorte que l’épreuve du concours ne soit "qu'une partie du tout qu’est le recrutement”.

* Débat de clôture de la Semaine de la fonction publique.

Sixtine de Villeblanche

Le recrutement des agents titulaires de l’État en 2005

Recrutements externes par concours : 44 237
Recrutements externes sans concours (cat. C): 3 068
Concours internes: 13 980
Examens professionnels internes: 3 572
Titularisations (avec ou sans concours): 2 469
Parcours d’accès aux carrières de la fonction publique (Pacte) :72

Source : Enquête auprès des directions de personnel, DGAFP.

 

Magistrats : une formation rénovée

Jean-François Thony, le directeur de l’École nationale de la magistrature (ENM), a présenté, en compagnie de Rachida Dati, un projet de réforme de l’école en 21 points. Ce dernier, intitulé “projet 2009”, vise à “remettre en cohérence la chaîne du recrutement et de la formation des magistrats”. Parmi les points abordés, la réforme du concours d’entrée de l’ENM, inchangé depuis… la création de l’école, en 1958. L'ambition est de “mettre en phase les épreuves des concours avec les objectifs de recrutement”. L’introduction de tests psychologiques et une épreuve de groupe de résolution de cas doivent y contribuer. Deuxième proposition : ouvrir le jury d’entrée à des personnalités extérieures. Un psychologue, un avocat, un sociologue, un haut fonctionnaire et une personnalité de la société civile y prendront place. En outre, le recrutement de salariés en reconversion devrait être facilité. Autant de propositions qui ne plaisent pas au Syndicat de la magistrature, qui affirme craindre un “formatage accru des futurs magistrats”.

blog comments powered by Disqus