03/07/2008
Interview

Xavier Darcos : "L'enjeu n'est pas quantitatif mais qualitatif"

Le ministre de l'Éducation nationale insiste sur la pluralité des chantiers de modernisation engagés dans le monde éducatif. Il n'exclut pas l'externalisation de certaines activités logistiques.


Quelles seront les missions de votre ministère en 2012 ? Avec quels objectifs ?

La mission de l’éducation nationale, c’est d’abord de transmettre aux élèves les savoirs qui leur seront nécessaires tout au long de leur vie professionnelle et de leur vie d’adulte. C’est une mission fondamentale qui transcende les modes et les périodes : elle ne saurait donc être altérée. En revanche, ce qui va changer, je dirais même ce qui doit nécessairement changer, compte tenu de la dégradation des résultats de notre système éducatif, c’est la manière dont cette mission est exercée. Parmi les nombreux chantiers qui doivent être menés à terme d’ici à 2012, je veux vous dire un mot de la réforme du lycée général et technologique qui a été récemment annoncée par le président de la République. Aujourd'hui, le lycée ne prépare pas efficacement les élèves à leur entrée dans l’enseignement supérieur. Pour relever le défi de la réussite de tous les élèves, il faut rendre au lycée sa fonction de cycle de détermination et imaginer de nouveaux parcours qui permettront de mieux accompagner les lycéens tout en leur laissant des marges d’autonomie plus importantes.

Quel est aujourd'hui le chantier prioritaire de réorganisation de votre administration ?

Il ne faut pas avoir une conception événementielle de la réforme. Croire qu’il y a “un” chantier prioritaire, c’est manquer d’ambition. Conduire le changement, c’est mettre en mouvement l’ensemble des acteurs du système éducatif. Dans ce contexte, il est évident qu’à l’éducation nationale, la réforme est un processus continu. Prenons deux exemples. Le premier, c’est la création d’une agence nationale du remplacement, chargée de repenser l’articulation entre les besoins et les moyens disponibles. C’est un sujet très important, car l’efficacité du remplacement est l’une des dimensions de la qualité de l’enseignement que nous devons garantir à nos enfants. Le second exemple, c’est le développement de l’autonomie des établissements, qui fait actuellement l’objet d’une réflexion ambitieuse. Celle-ci porte aussi bien sur le premier degré que sur le second degré.

Certaines activités de votre ministère ont-elles vocation à être externalisées demain ? Pourquoi ?

Le mot "externalisation" n’est pas tabou pour tout ce qui est lié aux activités logistiques. Mais il n’a de sens que s’il apporte une vraie amélioration du service et s’il permet véritablement au contribuable de réaliser des gains. En effet, nous connaissons tous des externalisations qui ont coûté plus cher que le maintien d’activités en interne et même les entreprises réintègrent aujourd’hui des missions externalisées. En la matière, il faut donc savoir être pragmatique. En revanche, il y a un point sur lequel je veux être très clair : à l’éducation nationale, il est hors de question d’envisager l’externalisation des activités d’enseignement. Tout le monde s’accorde à reconnaître qu’elle remplit une mission d’intérêt national et qu’elle doit donc demeurer un service public d’État. En revanche, ce constat ne saurait nous interdire de réfléchir à une meilleure articulation de notre action avec celle d’autres ministères dans des domaines charnières comme la santé ou les solidarités.

Ne pas remplacer un retraité sur deux, est-ce possible dans votre ministère ?

La modération de l’emploi public fait clairement partie de la mission qui a été confiée à chacun des ministres par le président de la République et le Premier ministre. En effet, est-il acceptable de se dédouaner de toute responsabilité et de mettre la dette dans le cartable déjà très chargé de nos enfants qui devront demain en supporter le poids ? N’oublions pas la signification profonde du mouvement de non-renouvellement d’emplois de fonctionnaires partant à la retraite : c’est rétablir l’équilibre des finances publiques pour redonner à l’État des marges de manœuvre. La vraie bonne question concernant l’emploi public, c’est celle de son utilité par rapport à son coût pour le contribuable. Pour ma part, je suis persuadé qu’à l’éducation nationale, l’enjeu n’est pas quantitatif mais bien qualitatif car il porte avant tout sur la nature et la forme du service que nous apportons à nos élèves.

Comment motivez-vous les agents autour de la réforme de votre ministère ?

Très franchement, je ne crois pas qu’il soit pertinent de parler de “la” réforme de l’éducation nationale. En effet, c’est bien autour de l’ensemble des différents chantiers de modernisation que nous mobilisons nos agents. Je suis d’ailleurs convaincu que, parmi les fonctionnaires, les enseignants sont ceux qui exercent leur métier avec le plus de conviction et j’entends les encourager dans cette voie.

Propos recueillis par L. F.

 

Ses chantiers emblématiques

- Réformer le lycée
- Créer une agence du remplacement
- Développer l'autonomie des établissements

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