04/01/2010

L'Europe politique est loin d’avoir le poids de son économie

Pierre-Marie Vidal

L'incapacité des Européens à imposer leurs idées montre bien que l’Europe politique est loin d’avoir le poids de son économie


Ni contrainte, ni contrôle, la déclaration finale du sommet de Copenhague renvoie l’Europe et les pays émergents à leurs chères études sur le climat. Le G2 Chine-USA aura finalement eu raison des bonnes intentions de la planète. Les deux plus gros pollueurs du monde ayant réussi à s’entendre pour préserver leur souveraineté environnementale. Déterminé à en faire un succès coûte que coûte, le gouvernement français parle du meilleur accord possible, mais, en coulisse, ne cache pas sa déception. L’accord contraignant dont il voulait être le mentor n’aura pas eut lieu. Les Européens, qui jouaient pourtant à domicile, ont même perdu le match sans panache. Leur incapacité à imposer les idées du premier ensemble économique mondial montre bien que l’Europe politique est loin d’avoir le poids de son économie. Au moment où, partout en Europe, les thèses des écologistes conquièrent les esprits, cette promesse non tenue aura des conséquences électorales importantes dans les mois à venir, en France comme ailleurs.

À sans cesse exagérer ses mérites, Nicolas Sarkozy ferait presque oublier qu’il en a. Passons sur sa méthode qui consiste à caricaturer les supposées critiques de ses adversaires pour mieux y répondre lors d’un débat entre lui et lui-même. Passons sur le manque de modestie du propos qui, en quelques minutes, laisse la place à des raccourcis étourdissants sur les prétendus succès mondiaux de l’auteur. Même si on s’y habitue mal, cette rhétorique est devenue la signature de l’actuelle présidence. Un mode opératoire inutile qui affaiblit la portée du discours plus qu’il ne la sert. Alors que la France n’a pas démérité face à la crise pour autant elle n’a pas sauvé l’économie mondiale, ni éradiqué les paradis fiscaux et encore moins imposé ses vues à Copenhague, où pourtant elle avait toute sa légitimité. Alors, quel besoin de revendiquer des victoires imaginaires alors que d’autres sont indéniables ?

En Suisse, le populisme ne se cachera pas derrière les minarets. En France, il avance à terrain découvert. Certes, c’est en devenant sourd aux cris du peuple et indifférent à ses difficultés que l’on nourrit les extrémismes. Mais c’est aussi en flattant ses peurs, comme le fait le débat en cours sur l’identité nationale, que l’on fait le lit du populisme. Faut-il, pour autant, stopper le débat sur l’identité nationale ? On serait tenté de dire “oui”, s’il s’agit d’endiguer le torrent de bêtise que draine depuis des semaines ce débat improvisé et mal conduit. Il faut pourtant, au contraire, maintenant qu’il est lancé, aller au bout en évitant les dérives et le calcul électoral. Alors, en ce début d’année, formons des vœux pour que ce débat participe, malgré tout, à un meilleur “vivre ensemble”.

 

 

Pierre-Marie Vidal

Directeur de la rédaction 

 

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