La boîte à idées de Lagarde

La direction du Trésor a retrouvé son nom d’origine. L’ultime étape de sa fusion avec les directions de la prévision et des relations économiques.
Entre "DGTPE" et "direction du Trésor", le ministère de l’Économie a tranché en faveur de la la seconde appellation. Un retour aux sources, en quelque sorte, au nom historique de la prestigieuse direction de Bercy, véritable boîte à idées économiques des gouvernements français depuis un demi-siècle. D’apparence anodine, le changement de nom constitue l’aboutissement d’une réforme de fond entamée en 2004. À l’époque, le ministre de l’Économie – un certain Nicolas Sarkozy – avait donné le coup d’envoi à la fusion des trois anciennes directions et activités de Bercy : la Prévision, les relations extérieures (Dree) et le Trésor. La direction du Trésor nouveau modèle compte donc bien plus d’agents que celle d’hier. 2 100 fonctionnaires s’y retrouvent, dont 730 en administration centrale et le reste en province ou à l’étranger, contre environ 300 par le passé.
"Traditionnellement, le Trésor essaie de se réformer avant que les changements ne lui soient imposés", confie Benoît Coeuré, son directeur général adjoint et chef économiste. Après avoir conservé pendant cinq ans un triumvirat qui réunissait les trois anciens directeurs, la direction a profité du départ de deux d’entre eux à l’été 2009 pour entériner définitivement la fusion dans l’organigramme et ne garder qu’un poste de directeur général et un poste de directeur général adjoint. La direction compte cinq services principaux : financement de l’économie, affaires multilatérales et développement, politiques publiques, politiques macroéconomiques, affaires bilatérales et internationalisation des entreprises. Les mauvaises langues remarquent que derrière cette ossature, les anciennes directions de la prévision et des relations extérieures se reconnaissent. La direction, elle, assure que le changement est entré dans les mœurs. Les jeunes, en particulier, ne feraient plus la différence et plusieurs postes marqués "Trésor" sont aujourd’hui occupés par des anciens de la Prévision ou de la Dree.
Sur le plan de la gestion, la fusion présente un avantage décisif : proposer des carrières plus diversifiées aux fonctionnaires. En grossissant, la direction du Trésor peut offrir une gamme plus large à ses recrues et espérer garder plus longtemps son capital humain (lire encadré). Le réseau de l’ancienne Dree couvre la planète, via les services économiques des ambassades, et les régions, via les nouvelles directions régionales des entreprises (Direccte). La direction est également de plus en plus attentive aux conditions de travail de ses agents. Une "charte du temps" a été établie au début de l’année. Elle incite les agents à mieux maîtriser leurs horaires, ainsi que l’usage des nouvelles technologies (lire ci-contre).

Carrières diversifiées
La réorganisation du Trésor vise aussi à aider les fonctionnaires à "lever la tête du guidon". L’un d’eux commente : "Il faut que l’on retrouve la capacité à réfléchir sur le long terme." Chaque mois, un cadre présente de manière pédagogique un sujet d’actualité. Des "ateliers" auxquels tout le personnel est convié et qui ont déjà traité les sommets du G20, la préparation de Copenhague ou la crise grecque. Une fois par an, les "entretiens du Trésor" rassembleront en outre des personnalités de haut niveau pour traiter de problématiques économiques. Ceux-là seront ouverts à un public plus large. Une seconde innovation qui vise à diffuser davantage les travaux de la direction du Trésor et à augmenter son rayonnement. "Mais nous demeurons au service du gouvernement et du ministre, prévient Benoît Coeuré. Ce qui justifie qu’une grande partie de nos analyses leur soient réservée. Nous ne sommes pas une agence d’évaluation des politiques publiques."
De fait, le regroupement des anciennes Dree, directions de la prévision et du Trésor a obligé la nouvelle direction à repenser ses relations avec le ministre. Car les différentes voix, qui remontaient traditionnellement au cabinet, sont désormais rassemblées en une seule. Au risque que les idées des statisticiens de la prévision ou que les intérêts du commerce extérieur soient relégués au second plan ? Certains le craignent. Un ancien directeur des relations extérieures en est persuadé : "Le directeur du Trésor a beaucoup de chats à fouetter et risque de ne pas porter l’attention qu’il faudrait à la politique commerciale."
Face à ce risque, l’actuelle direction du Trésor met un point d’honneur à conserver la pluralité des points de vue dans certaines notes adressées au ministre. "Quand il y a un débat de fond, nous le présentons clairement au cabinet afin qu’il tranche", confirme Benoît Coeuré, tout en estimant que la direction ne doit pas se défausser de sa responsabilité d’expertise. Une charte des relations avec le cabinet a d’ailleurs été adoptée. Autant de nouveautés visant à faciliter la tâche d’une direction qui, après la crise, devrait être encore largement sollicitée.
Laurent Fargues
Le Trésor, un tremplin de carrière
C’est sans doute l’endroit de France qui compte le plus de “cerveaux” au mètre carré. Polytechniciens, énarques, statisticiens, ingénieurs… La prestigieuse direction du Trésor attire la crème de la crème du système éducatif français, même si la concurrence avec le secteur privé s’est durcie à mesure que le poids de l’État se réduisait dans l’économie. Avec la crise et le retour de l’interventionnisme, les fonctionnaires seront-ils moins sensibles aux sirènes du privé ?
"Les mouvements sont fortement corrélés à la conjoncture économique, note Benoît Coeuré, le directeur général adjoint du Trésor, en périodes fastes, il y a davantage de départs." Cela étant, la direction assume son rôle d’essaimage des talents dans l’économie française. Les frais émoulus de l’école qui arrivent au Trésor s’entendent d’ailleurs dire que leur parcours est tracé pour les dix premières années de leur carrière. À eux ensuite de se prendre en main pour les années suivantes.


















