Hauts fonctionnaires sous contrat
Quels que soient leurs profils et leur ressenti de la précarité, les contractuels ont tous un point commun : l’intérêt pour leurs métiers. Et malgré les différences de salaire avec ce qu’ils pourraient espérer toucher dans le privé, ils sont plutôt satisfaits d’être dans le public. Paroles de ces agents hors statut.
Claire Simonin, DRH du centre hospitalier de Calais
“Passer un concours supposerait de mettre ma carrière entre parenthèses”
Défendre et appliquer le statut des agents publics hospitaliers, quand on n’y est soi-même pas soumis. Voilà une position singulière qui ne gêne en rien au quotidien Claire Simonin, directrice des ressources humaines de l’hôpital de Calais.
Sa jeune carrière a débuté le plus banalement par l'envoi d'une candidature spontanée. Sans rien connaître du monde de l’hôpital, mais avec dans l’idée de se faire “une première expérience dans les ressources humaines”, affirme-elle. Le destin a voulu qu’elle soit choisie pour le poste d’adjoint au chef de bureau à l’hôpital de Calais en signant directement un CDI. C’était en 1998. Cinq ans après, profitant du départ de l’ex-DRH, Claire Simonin prend la direction du service composé d’une petite dizaine de personnes après en avoir assuré l’intérim.
Douze ans après ses débuts, l’idée de passer un concours n’a toujours pas effleuré la jeune DRH. Celle-ci semble trouver son compte avec le CDI, même si elle n’a pas de régime indemnitaire comme peut en avoir un fonctionnaire titulaire. “Si je passais le concours, il me faudrait passer trois ans à Rennes à l’école de la santé publique et mettre ma carrière entre parenthèse”, relate-t-elle. Sans possibilité de faire valoir ses acquis, et avec l’assurance d’être rétrogradée financièrement… La titularisation n’aurait guère d’avantages. Pourquoi changer ? Au quotidien, tout se passe bien. Les syndicats n’ont rien à y redire. Depuis quelques semaines, Claire Simonin s’est vue confier la direction des affaires médicales, soit trois personnes en plus sous ses ordres.
37 ans
1998 : Adjointe au chef de bureau à l’hôpital de Calais
2003 : DRH de l’hôpital
2010 : Directrice des affaires médicales de l’hôpital.
Anne Perillat, CDI, médecin épidémiologiste
“En CDI, j’ai de vraies perspectives”
Après avoir exercé la médecine d’urgence, puis dans un laboratoire pharmaceutique danois, Anne Perillat décide de passer dans le public. Direction : le ministère de la Santé. Un choix de raison. “J’étais attirée par les questions de santé publique et les problèmes liés à la politique du médicament”, souligne-t-elle.
Mais qui s’explique aussi par l’envie de travailler auprès d’un autre épidémiologiste, Lucien Abenhaïm, qui fut directeur de la santé jusqu’en 2003. Après une candidature spontanée et de multiples entretiens, son recrutement est officialisé en juillet 2002.
Un poste à la sous-direction des produits de santé, axé notamment sur le suivi et l’évaluation de l’efficacité du médicament, est spécialement créé. Poste qu’elle occupera par un premier CDD de trois ans, lequel sera renouvelé en 2005.
Le besoin de compétence étant toujours présent, c’est tout naturellement que l’administration décide, au bout de six ans, de lui faire signer un CDI. Un passage en douceur, agrémenté d’une légère hausse de salaire. Huit ans après avoir rejoint le ministère de la Santé, Anne Perillat ne se voit pas travailler dans le secteur privé. Et puis l’administration lui offre de vraies perspectives d’évolution. Fin 2007, au gré d’une vacance de poste, elle est devenue adjointe au chef du bureau en charge des produits de santé.
2002 : contractuelle en charge des produits de santé au ministère de la Santé
2007Â : adjointe au chef de bureau
2008 : CDI au ministère de la Santé
Lotfi Gara, enseignant en génie industriel
“Malgré mon CDI, mon avenir est incertain”
La carrière de Lotfi Gara a tout du parcours du combattant. Après dix-huit ans dans le privé, ce spécialiste des métaux se tourne vers l’enseignement. Après une première tentative, sa candidature dans l’académie de Lyon, postée en juillet 2001, débouche sur un poste. Il effectue sa première rentrée en septembre dans un collège. Premier CDD de 12 mois. Puis il change, et occupe un poste vacant d’enseignant professionnel pour élèves de 4e et 3e.
À la rentrée 2005, début de la galère, un titulaire récupère son poste. Lotfi Gara enchaîne des vacations entre septembre et novembre 2005. Le rectorat l'affecte à des remplacements, ce qui le conduit à faire de nombreux déplacements. Avec la fin de son contrat, il pointe au chômage en juillet 2006 et touche ses indemnités, payées par le rectorat, en janvier 2007. 2006-2007 lui réserve une mauvaise surprise. Il se trouve affecté dans un lycée de Caluire, en banlieue lyonnaise, dans une spécialité qu’il ne connaît pas : le verre et l’aluminium. Du coup, cap sur Toulouse pour suivre une formation spécialisée sur son temps de travail, doublée d’une formation sur son temps libre en entreprise.
La perspective de décrocher un CDI approche. Mais ses vacations ne sont pas juridiquement cumulables dans les six ans requis pour l'obtenir. Après avoir bataillé avec l’aide du syndicat SGEN-CFDT, le rectorat de Lyon lui propose un CDI en avril 2008. Mais Lotfi Gara, affecté depuis lors à Brignais, à  25 km de Lyon, est amer : “Je fais le même travail qu’un titulaire, mais je gagne moins, et ne peux espérer changer d’échelon que tous les trois ans depuis la signature du CDI.” À ce jour, sa rémunération plafonne au même indice depuis septembre 2001. Autre inconvénient : l’académie peut le changer d’établissement, au gré de ses besoins, sans lui demander son avis.
45 ans
2001 : CDD de 12 mois dans un lycée professionnel de Lyon
2005 : remplacement dans un lycée de Saint-Étienne
2008 : CDI dans l’académie de Lyon.
Guillaume Blot, chef de mission au ministère de la Défense
“J’apprécie ma liberté de contractuel”
Chef de mission ressources humaines au ministère de la Défense, Guillaume Blot ne cache pas sa satisfaction d’être responsable d’un des plus gros programmes informatiques de l’État. Sa mission est triple : préparer les systèmes d’information de la Défense pour être en phase avec l’Opérateur national de paie (ONP), harmoniser la gestion des différents corps de métiers civils et militaires et développer un outil de pilotage des moyens humains utiles aux bases de défense.
Une mission technique mais qui est aussi, et avant tout une aventure humaine, assure Guillaume Blot. Qui jouit en tant que contractuel civil, d’une liberté fort appréciable. Cet autodidacte en matière de système d’information commence à bien connaître l’administration. Il y a fait son entrée en 2006, sur un poste quasi similaire en tant que directeur technique du programme Helios à Bercy pendant trois ans.
Au terme de son CDD, en 2009, c’est par le bouche-à -oreille qu’il a eu vent du poste proposé à la Défense. “J’aurais pu rester à Bercy sur une autre mission, mais je voulais découvrir d’autres horizons”, se souvient-il.
Le statut de contractuel lui convient bien, malgré un salaire moins attrayant que ce qu’il pourrait espérer dans le privé. Mais, aujourd’hui, c’est son “choix de vie”. Autant dire que le concours ne l’attire pas. Et le CDI ? “Ce n’est pas une priorité, et je m’attache avant tout à l’intérêt de la mission.” Menée à son terme, il cherchera une autre place dans l’administration, ou dans le privé, où il a aussi passé 17 ans.
44 ans
1988 : 3e cycle de mathématiques appliquées
2002 : directeur technique du projet Hélios à Bercy (CDD)
2009 : chef de mission SIRH au ministère de la Défense (CDD)
Propos recueillis par Xavier Sidaner


















