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# 48

Les collectivités face à la rigueur
Enquête : Le quai d’Orsay à l’heure des choix

Contributions

04/10/2007 Pour

Faut-il fusionner l'ANPE et l'Unedic ?

Jean-Claude Barbier, chercheur au CNRS, voit dans le projet de fusion un électrochoc salutaire. La fusion faciliterait l'évaluation globale du service public de l'emploi.


L'accompagnement des chômeurs est-il plus efficace dans les pays qui ont rassemblé au sein d'un seul organisme l'indemnisation et l'accompagnement des demandeurs d'emploi ?
Il n'y a pas de solution miracle à l'organisation du service public de l'emploi. Les systèmes adoptés en Europe sont de toutes sortes et ce ne sont pas forcément les pays qui disposent d'une seule instance pour l'indemnisation et l'accompagnement des chômeurs qui offrent le meilleur service. L'Allemagne a ainsi récemment scindé son service public de l'emploi afin de répondre de manière différenciée aux demandeurs d'emploi indemnisés et à ceux qui ne le sont plus. Au Danemark, pays souvent pris en exemple, il existe également deux structures : l'une pour indemniser les chômeurs, l'autre pour les aider à retrouver un emploi.

Pourquoi, dans ce cas, la France aurait-elle intérêt à fusionner l'ANPE et l'Unedic ?
L'élection d'un nouveau Président est propice au lancement de réformes d'envergure. Avec l'arrivée à l'Élysée de Nicolas Sarkozy, notre pays a une opportunité de changer en profondeur l'organisation de son service public de l'emploi. Celui-ci souffre de plusieurs maux tous liés à une mauvaise organisation. L'accompagnement des chômeurs est effectué par un nombre trop élevés d'organismes : ANPE, Unedic, associations, collectivités, etc. De même, les différences de culture entre l'ANPE – établissement public – et l'Unedic – organisme géré par les partenaires sociaux – ne facilitent pas la coopération entre les structures. Il existe une grande méfiance entre les salariés de l'une et de l'autre. Organiser la fusion des deux institutions aurait le mérite de remettre à plat tous ces problèmes et de les surmonter.

La fusion signifierait-elle la fin de la gestion paritaire de l'assurance chômage ?
Pas nécessairement. À mes yeux, ce serait même une très mauvaise idée, étant donné que la gestion actuelle de l'Unedic par les partenaires sociaux est plutôt satisfaisante. En revanche, il faut mettre fin à la multiplicité des interlocuteurs dans l'accompagnement des chômeurs. Les demandeurs d'emploi doivent pouvoir se renseigner sur tous les dispositifs d'aide en un seul et même lieu. La fusion devra ensuite aboutir à une régionalisation accrue des organismes. Sur ce point, il y a un consensus en Europe : un bon accompagnement des demandeurs d'emploi passe par une bonne connaissance du marché local du travail.

Quels autres avantages une fusion de l'ANPE et de l'Unedic présenterait-elle ?
Elle favoriserait l'émergence d'une évaluation complète du service public de l'emploi. Aujourd'hui, il est impossible d'avoir une vision globale et indépendante des dispositifs d'accompagnement des chômeurs, notamment parce qu'ils sont proposés par une multiplicité d'organismes concurrents. Cela étant, il ne faut pas se leurrer, la fusion de l'ANPE et de l'Unedic aura un coût. Les salaires des employés de l'ANPE sont de 20 à 30 % inférieurs à ceux des employés de l'Unedic. Il faudra les harmoniser. Plus largement, le budget de l'ANPE est faible par rapport à ceux de ses homologues européens. Si le gouvernement veut un service public de l'emploi efficace, il doit aussi lui donner les moyens de l'être.
Jean-Claude Barbier en quelques dates

- 1968 : diplômé d'HEC
- 1988 : sous-directeur à la Caisse nationale des allocations familiales
- 1991 : directeur des statistiques et de la recherche à l'Agence nationale pour l'emploi (ANPE)
- 1993 : chercheur au Centre d'études de l'emploi
- 1998 : publie Les Politiques de l'emploi en Europe et aux États-Unis (PUF)
- 2006 : directeur de recherche au CNRS

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