06/01/2009
Fonctionnaires

Départs volontaires : ça ne mord pas !

Mauvaise pioche pour le gouvernement, l’indemnité de départ volontaire (IDV) – mieux connue sous le nom de “pécule” – mise en place en avril 2008 séduit très peu de fonctionnaires. Le contexte de crise économique n’arrange rien.


Tous les mots comptent et puisqu’il ne faut pas heurter la sensibilité des fonctionnaires ni celle des syndicats, la sémantique vient à la rescousse. Au ministère de la Fonction publique, l’indemnité de départ volontaire (IDV) s’appelle “capital de seconde carrière”. Dans les rangs des fonctionnaires et des syndicats, on parle de “pécule”. Selon le ministère, ce dispositif “suscite un important intérêt parmi les fonctionnaires puisque, au vu de sondages, plus de 20 % des agents se sont déclarés intéressés par un tel dispositif”. Et un membre du cabinet d’Éric Woerth d’ajouter : “De nombreux courriers spontanés parviennent au cabinet. Il y a donc une vraie demande”.

Effet d’aubaine

La réalité est moins reluisante. À ce jour, les demandes se comptent sur les doigts d’une main, ou peu s’en faut. À Bercy, la seule demande déposée a été acceptée, sans qu’on n’en sache plus. Rue de Valois, au ministère de la Culture, le service communication indique qu’“à peine une dizaine de demandes de renseignements ont été répertoriées et qu’aucune tendance significative ne peut être dégagée”. Au ministère de la Défense, la direction des ressources humaines avoue n’avoir reçu qu’une demande, celle d’un administrateur civil, qui, bien sûr, a été acceptée. “Cette personne allait de toute façon démissionner pour des raisons personnelles, rectifie Jean-Jacques Manach, secrétaire général de la Fédération Défense de la CFDT. Elle a bénéficié d’un effet d’aubaine. Cela dit, avec une personne sur 40 000, je ne crois pas que le ministère atteindra ses objectifs.”

Pactole et tête du client

Les syndicats restent partagés sur l’idée du pécule. “En lui-même, isolé et dans une période de forte croissance et de plein-emploi, pourquoi ce dispositif ne serait-il pas acceptable ?” s’interroge Thierry Durin, secrétaire de l’UFCC-CGT et membre de la Commission supérieure de la fonction publique de l’État. “Nous ne sommes pas contre le principe : cette indemnité peut, en valeur absolue, intéresser nombre de personnes”, renchérit Michel Moreau de la CFTC-FAE. Cependant, les organisations, qui se rappellent de procédés similaires utilisés dans les années 1980, restent sur leur garde. Elles jugent le système dangereux et opaque. “Dangereux parce que le gouvernement laisse croire aux fonctionnaires qu’ils pourront trouver du travail dans le privé. Or, compte tenu du contexte économique, c’est se moquer du monde”, souligne un dirigeant de FO-Fonctionnaires.

Le pécule n’est pas un “pactole”, ironisent nombre de syndicalistes. Son montant n’est pas identique pour tout le monde : il varie entre 1 et 24 mois de salaires bruts. “Mais même 24 mois, ce n’est pas mirobolant”, juge Brigitte Jumel, secrétaire générale de l’UFFA–CFDT . Il faudrait défiscaliser cette IDV, demande Jean-Jacques Manach. Le dispositif est également jugé opaque parce que tous les ministères n’ont pas publié leurs barèmes. “Les rectorats ne peuvent pas présenter de calcul « juste et circonstancié » aux fonctionnaires administratifs ou enseignants qui voudraient se reconvertir, tout simplement parce que le ministère ne sait pas lui-même comment prendre le problème et qu’il ne possède pas de barème fiable”, explique Thierry Durin. La situation paraît identique au ministère de la Défense. “C’est : « on verra en marchant. Si on s’aperçoit que la mesure est inefficace, on réajustera », se lamente Michel Moreau qui pointe le risque d’une indemnité dispensée “à la tête du client”.

Un seul à y croire

La crainte principale des dirigeants syndicaux ? Que beaucoup de fonctionnaires soient acculés à demander l’indemnité en désespoir de cause. Ce pourrait être le cas des civils de la Défense, dont les casernes vont fermer et qui se retrouvent avec des maisons invendables sur les bras. Ou encore les fonctionnaires de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) qui sont dans l’œil du cyclone, indiquent les syndicalistes. “Le volontariat doit être respecté. Il ne faut pas forcer la main des fonctionnaires, prévient Michel Moreau. Notamment les catégories B et C, qui supportent de plus en plus le stress qu’elles subissent de la part de la hiérarchie.” Le problème est ce que ces catégories se retrouvent déjà en surnombre dans le secteur privé et peinent à se reconvertir.

“Seules les personnes qui bénéficient d’une bonne expertise pourront éventuellement retrouver un travail dans le privé”, explique-t-on à Force ouvrière. Tel est le cas des hauts fonctionnaires, polytechniciens ou énarques, qui bénéficieront de la prime comme d’une aubaine. Les fonctionnaires issus des corps techniques “avec des profils pointus” peuvent aussi rebondir dans le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP). Autre risque pointé par les syndicats : que les fortes têtes soient poussées vers la porte de sortie. “En fait, le seul à croire à cette IDV, c’est Santini”, s’amuse Jean-Jacques Manach.

Christophe Soulard-Coutand

blog comments powered by Disqus