Les futurs diplomates européens

Innovation fondamentale du traité de Lisbonne, le “service européen pour l’action extérieure” verra le jour en avril. Avec le plus gros réseau diplomatique d’Europe, la France va tenter d’imposer son influence.
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Si les contours de la nouvelle structure sont encore assez flous, son ampleur et ses enjeux n’échappent à personne. Il s’agit de créer rien de moins que le premier réseau diplomatique mondial, épaulé par les ressources militaires et civiles des vingt-sept États membres de l’Union européenne avec un budget communautaire de l’ordre de 50 milliards d’euros jusqu’en 2013. De quoi éveiller les convoitises… Concrètement, le service est censé assister le futur haut représentant pour les Affaires étrangères, qui sera aussi vice-président de la Commission européenne.
Le service diplomatique sera ainsi une entité totalement à part, séparée de la Commission et du secrétariat général du Conseil, disposant d’une autonomie en matière de budget et de gestion du personnel. Il remplira les tâches effectuées actuellement en grande partie par la Direction générale des relations extérieures de la Commission, mais certaines chasses gardées, comme l’élargissement, la politique commerciale ou le développement, resteront sous la houlette de la Commission.
Qu’en sera-t-il à l’étranger ? L’ossature du service sera assurée par les 130 délégations de la Commission dans les pays tiers qui changeront de nom pour devenir des “délégations de l’UE”. Les ambassades des États membres seront maintenues, mais une mutualisation des tâches pourrait être opérée avec ces délégations, sur des dossiers purement communautaires. En revanche, pour tout ce qui relève des relations bilatérales ou de questions politico-économiques nationales, l’ambassade de l’État membre traitera directement avec le pays. Les délégations de l’Union européenne assureront enfin le rôle exercé jusqu’à présent par l’ambassade du pays de la présidence en exercice.
5 000 personnes
Côté effectifs, près de 5 000 personnes, issues à la fois de la Commission, du Conseil et des États membres, devraient à terme rejoindre le service. La règle est qu’au moins un tiers d’entre elles soient des diplomates détachés par les capitales. Ces derniers ayant le statut d’agent temporaire avec les mêmes droits que les fonctionnaires de la Commission et du Conseil. Le recrutement se fera sur la base “du mérite” et respectera “un équilibre géographique”.
Toutefois, au vu des disparités existant entre les États membres, tous les pays ne pourront pas offrir le même nombre de diplomates. La France, forte du deuxième plus grand réseau diplomatique au monde derrière les États-Unis (16 000 agents du Quai d’Orsay toutes catégories confondues) devrait sortir du lot, tout comme le Royaume-Uni. À la représentation permanente française à Bruxelles, on confirme que certains États prendront forcément le dessus quantitativement. “Les diplomates ne pourront pas tous venir de Lituanie…”, ironise-t-on.
Le Quai d’Orsay se prépare déjà à mobiliser les forces vives. Des transferts pourraient avoir lieu dans les ambassades françaises. Certains diplomates chargés des questions européennes pourraient ainsi intégrer les délégations de l’UE, ce qui permettrait au passage “de faire des économies ”, reconnaît-on à la “RP”. Des tensions se profilent cependant entre membres du Conseil et diplomates détachés. Les premiers comptent avoir droit au même traitement que leurs confrères des États membres, être aussi bien payés et, surtout, ne pas se voir ravir tous les postes les plus intéressants.
Dernière inconnue : la formation du personnel. Le Parlement européen propose de créer un “collège des diplomates” pour disposer de cursus harmonisés. Une section spéciale au Collège d’Europe à Bruges pourrait voir le jour. La diplomatie, une idée neuve en Europe ?
Célia Sampol, à Bruxelles
L’UE à Washington
L’actuel représentant de l’Union européenne aux États-Unis, l’Irlandais John Bruton, a achevé son mandat de cinq ans en même temps que la Commission européenne : le 31 octobre. Toutefois, son successeur ne devrait pas être nommé avant que le nouveau collège de commissaires ne soit mis en place, soit vers fin 2009 ou début 2010. L’intérim sera assuré dans l’intervalle par le numéro deux de la délégation de la Commission à Washington : Angelos Pangratis, un diplomate de carrière grec. Si la présence de la Commission sera temporairement réduite outre-Atlantique, celle du Parlement européen devrait en revanche se voir renforcée. L’institution compte en effet ouvrir bientôt un bureau à Washington composé de deux représentants détachés de Bruxelles et d’un employé administratif recruté localement.


















