Bercy face à la récession

Les services des ministères de l’Économie et du Budget sont aux premières loges pour amortir le choc de la crise. Derrière chaque annonce gouvernementale, une partie des milliers d’agents de Bercy est mobilisée. Voyage dans les coulisses d’une administration qui fait face à la pire récession depuis l’après-guerre.
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Depuis quelques mois, la maison Bercy est sens dessus dessous. Et pour cause : le retour en force de l’État dans l’économie et la hausse des dépenses publiques ont bouleversé la philosophie des services. Banques garanties par l’argent public, augmentation des emplois aidés, largesses fiscales aux entreprises, investissements publics… Les annonces se succèdent remettant en cause toujours un peu plus les préceptes invoqués hier. "C’est amusant de voir comment la direction du Trésor remonte des structures qu’elle a passé des années à détruire, ironise un haut fonctionnaire. Elle n’a qu’à fouiller dans ses poubelles pour trouver les solutions."
À la direction du budget aussi, les pendules ont quelque peu changé d’heure. Il est désormais urgent de trouver des projets d’investissements à financer et de s’assurer que les ministères dépensent au plus vite leurs crédits liés au plan de relance. "On découvre un métier un peu nouveau qui est celui d’aider à la dépense, sourit Philippe Josse, le directeur du budget, ça fait une impression un peu bizarre, mais ce n’est pas désagréable !" Deux étages plus bas, les fonctionnaires de la direction générale des finances publiques ont également reçu une consigne plutôt inattendue : faciliter les demandes d’échelonnement d’impôts aux entreprises et accélérer certains remboursements fiscaux. En clair, défavoriser la trésorerie de l’État au profit de celle des entreprises.
Savant dosage d’idées
Pragmatiques et disciplinés, les fonctionnaires de Bercy appliquent les recettes du moment sans états d’âme. Ils sont même très motivés par l’ampleur de la tâche. "Nos agents voient concrètement les effets de la crise à travers les demandes des particuliers et des chefs d’entreprise, note Jean-Marc Fenet, directeur chargé de la fiscalité. Cela leur donne envie d’agir." Bertrand Martinot, délégué général à l’emploi et à la formation professionnelle, renchérit : "J’ai régulièrement au téléphone les directeurs régionaux du travail après 22 heures ou le week-end. Personne ne compte ses heures."
En contact direct avec les victimes de la crise, les agents de Bercy sont les mieux placés pour observer les derniers développements de la conjoncture. Les informations venues du terrain sont précieuses. Dès octobre, les trésoriers-payeurs généraux alertaient de la hausse du nombre d’entreprises en difficulté. De même, les services de la direction de la compétitivité ont constaté très tôt une hausse des demandes de chômage partiel. Dès lors, certaines propositions de mesures remontent naturellement jusqu’aux cabinets des ministres. "Le choix des remèdes résulte toujours d’un savant dosage entre les idées des responsables politiques et celles des services administratifs", résume un directeur. Les "brainstormings" sont fréquents, même si les ministres n’ont pas encore tenté l’expérience de réunir tous leurs directeurs pour confronter les idées. Dommage ?


















