09/06/2008
Fonctionnaires

Des centaines de postes à portée de clic

Le ministère de la Fonction publique remanie la bourse de l'emploi commune aux ministères. L'ancien dispositif fonctionnait mal. Le gouvernement espère, cette fois, que les agents adopteront l'outil et l'utiliseront pour changer de poste.


Il a planché dessus pendant des mois. Philippe Clergeot est chargé du projet de Bourse interministérielle de l'emploi public (Biep) au ministère de la Fonction publique. L'outil existait déjà, mais il a été refondu et la nouvelle version vient de voir le jour. “Nous lançons un nouveau site interministériel (http://www.biep.gouv.fr, ndlr), sur lesquels les services de l'État – centraux, déconcentrés et les établissements publics – peuvent mettre leurs annonces”, explique-t-il. À la suite d'un audit, trois défauts majeurs de l'ancien dispositif avaient été décelés : “l'ergonomie, le fait qu'il soit hébergé sur le site de la Direction générale de l'administration et de la fonction publique (DGAFP) – ce qui n'était pas très bon pour la mise en avant du caractère interministériel – et la double saisie des annonces entre les intranets des ministères et le site”, énumère Philippe Clergeot.

Une démarche encore facultative
Le nouveau portail prévoit que chaque ministère utilise la bourse tout en conservant pendant quinze jours l'exclusivité de ses offres à ses propres agents. Doté d'une recherche multicritères affinée, il se divise en trois espaces : recruteur (fonctionnalités spécifiques avec une facilité de gestion des annonces), candidat (qui doit créer son propre compte et peut gérer ses alertes) et administrateur. “Nous avons misé sur la simplicité d'utilisation”, indique la DGAFP. Pour le candidat, des rubriques d'information sont créées, telles que des rubriques région, handicap, international, emploi contractuel ou encadrement supérieur. “La bourse de l'emploi public va donner plus de visibilité aux agents pour connaître les postes vacants”, affirmait le secrétaire d'État à la Fonction publique, André Santini, lors d'un chat début mai. Les employeurs publics doivent, de leur côté, remplir plusieurs critères sur la fiche de poste : le métier, suivant la nomenclature du Rime (répertoire interministériel des métiers de l'État), la catégorie de l'emploi (A, B ou C), la région ou le département concernés. Il est en outre possible de cocher une case si le poste est ouvert à l'emploi contractuel.

La démarche, qui n'est pour le moment pas obligatoire, contrairement à ce que préconise le rapport Silicani (voir encadré), doit permettre une meilleure gestion des compétences des fonctionnaires et des contractuels et apporter davantage d'émulation entre les concurrents. Elle s'inscrit dans le projet de loi sur la mobilité. La DGAFP va s'appuyer sur un réseau de représentants, un par ministère, soit une quinzaine de personnes, qui vont animer leurs propres réseaux, en association avec les directeurs des ressources humaines (DRH). But de la manœuvre : “Aider les DRH dans le cadre de la gestion de leurs besoins en compétences”, assure Philippe Clergeot.

Pas de "CVthèque"
Si la démarche est séduisante, des voix s'élèvent pour corriger les éventuels dysfonctionnements. “La bourse à l'emploi va à l'encontre du fonctionnement actuel des CAP (commissions d'admission paritaire, ndlr), qui gèrent notamment les mutations de la fonction publique. Elle paraît plus pratique et transparente pour les agents, mais sera-t-elle aussi protectrice que le système actuel ? Elle ne doit pas constituer une rupture dans l'égalité de traitement des fonctionnaires. Pour cela, nous devons envisager des possibilités de recours”, estime Élizabeth David, secrétaire générale de l'Unsa-Fonctionnaires. Pour Patrick Hallinger, secrétaire national de l'UGFF-CGT, le droit à la mobilité des fonctionnaires est fondamental et doit être le résultat d'une démarche volontaire de l'agent. Dans un tel contexte, “la bourse à l'emploi comporte des aspects positifs, surtout la publicité des postes vacants. Le problème, c'est que l'employeur va choisir en dernier ressort qui il prend ou ne prend pas. Nous préconisons de remettre du collectif dans ce dispositif. Pour cela, on peut imaginer de nouveaux outils, autres que les CAP, qui sont aujourd'hui par ministères ou par corps, au sein desquels les représentants du personnel pourraient s'exprimer sur tel ou tel recrutement”.

En dehors de ces problématiques larges liées au recrutement, de nombreuses fonctionnalités ne sont pas encore possibles sur la Biep, faute de budget ou en attente des premiers résultats. Ainsi, il n'y a pas “de CVthèque pour le moment, car on ne veut pas qu'il y ait 5 millions de CV et pas d'offres, estime Philippe Clergeot. Nous devons faire attention à ne pas créer trop de frustrations. Nous devons d'abord faire la preuve que la bourse marche, c'est-à-dire avoir des annonces, des candidatures et des recrutements, avant de réfléchir aux prochaines étapes.” La nouvelle bourse entrera-t-elle dans le quotidien des fonctionnaires ?

Sixtine de Villeblanche

Pour aller plus loin :
Ce que dit le rapport Silicani

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