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09/11/2009
Internet

E-administration : la fin des giga plans

Lancée dans les années 2000 à grands renforts de publicité, l’administration électronique se développe aujourd’hui sans tambour ni trompette. Malgré plusieurs succès, l’administration en réseau promise par les technologies de l’information tarde à voir le jour. Sans plan, ni moyens financiers conséquents…


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Les partisans de l’administration électronique peuvent se réjouir. "Aujourd’hui, toute l’administration est électronique", s’exclame l’expert Georges Chatillon, universitaire spécialiste du numérique. Un véritable changement de paradigme serait à l’œuvre, y compris aux confins des services publics. Un bouleversement dû à l’apparition d’Internet, qui a modifié les modes de communication et de travail au sein même de l’État. Aujourd’hui, tous les documents sont numérisés, les bureaux sont truffés d’imprimantes en réseau, la téléphonie mobile accompagne nombre d’agents au quotidien, etc.

Bref, c’est bien toute "l’administration qui s’est informatisĂ©e", poursuit l’universitaire, enthousiaste. OubliĂ©es, les premières craintes suscitĂ©es par l’apparition d’Internet dans les administrations. Souvenez-vous, 1997, annĂ©e du Web ! Cette annĂ©e-lĂ , Lionel Jospin, alors Premier ministre, annonce l’entrĂ©e de la France dans la “sociĂ©tĂ© de l’information” lors d’un discours Ă  Hourtin. "Pour rĂ©pondre Ă  l’exigence dĂ©mocratique de transparence de l’État, un accès plus aisĂ© Ă  l’information publique est indispensable", relevait-il. S’ensuivit une pĂ©riode faste pour l’e-administration, Ă  grands renforts de plans de com’ et de milliards.

Sans plan d’ensemble
Dès 1998, est lancé le programme d’action gouvernemental pour la société de l’information, le PAGSI, qui prévoyait la généralisation de sites Internet publics et l’accès aux formulaires administratifs. Lui succède en 2002 le plan RE/SO 2007, axé sur la dématérialisation des procédures. Il s’accompagne de la création d’une agence dédiée, l’agence pour le développement de l’administration électronique (Adae), le 21 février 2003. Une consécration pour l’administration électronique, incarnée par le fameux programme Adele, directement rattaché à Matignon.

Depuis, l’eau a coulé sous les ponts, entrainant l’Adae dans son sillage. Non seulement il n’y a plus d’agence, mais il n’y a plus de plan. L’élan du départ semble retombé, malgré une numérisation toujours plus forte. "Nous avons tous les outils techniques et juridiques, mais nous manquons de plan, d’objectifs et de moyens", estime Georges Chatillon. À l’entendre, le rattachement de l’Adae à Bercy a "tué" l’agence. L’administration électronique n’étant pas la préoccupation première du ministère du Budget, malgré les gains de productivité attendus grâce à l’administration en ligne.

Depuis cinq ans, c’est le scepticisme qui prédomine chez les acteurs. Pour François Fondard, président de l’UNAF, association qui défend les intérêts des familles, "on ne sait plus où l’on va, ni si l’administration électronique est une locomotive". Les associations représentant le monde du handicap, telle que l’Unapei, sont sur la même longueur d’ondes, alors que l’accessibilité est essentielle pour les victimes de la vie. Jacques Sauret, ancien directeur de l’Adae, a le sentiment que "faute de volonté politique, l’État se contente de poursuivre sur sa lancée", faisant allusion au plan Adele pour la période 2004-2007, doté de 1,8 milliards d’euros, et qui permit à la France de se hisser aux meilleures places des classements internationaux.

Des ministères frileux
Depuis deux ans, l’administration Ă©lectronique n’a pas donnĂ© lieu Ă  un nouveau plan de bataille. Formellement, elle est rattachĂ©e depuis 2005 Ă  la Direction gĂ©nĂ©rale de la modernisation de l’État (DGME), Ă  travers un service baptisĂ© "projets d’administration Ă©lectronique". Sous la houlette de Bercy, ce service d’une quinzaine d’agents accompagne les ministères dans leurs stratĂ©gies de transformation. "Nous sommes des incubateurs, nous lançons des produits que l’on fait grandir avant de les transfĂ©rer Ă  l’extĂ©rieur", relate Arnaud Lacaze, chef de service Ă  la DGME. Un bon exemple : l’état-civil et le changement d’adresse en ligne ont Ă©tĂ© dĂ©lĂ©guĂ©s Ă  La Documentation française.

Autre mission Ă  la charge de la DGME : identifier avec les ministères les leviers de modernisation les plus adaptĂ©s. Leviers ? Le mot interpelle un expert : "c’est insuffisant, ça n’en fait pas un chantier." Signe de la rĂ©duction de voilure : le terme "administration Ă©lectronique" figure Ă  peine dans les documents de la RĂ©vision gĂ©nĂ©rale des politiques publiques (RGPP). En clair, inutile d’attendre la mise en Ĺ“uvre d’un Ă©nième plan global de la part de la DGME. "La faiblesse de la planification rĂ©side dans la capacitĂ© de rĂ©alisation. Si on continue Ă  lancer des idĂ©es sans concrĂ©tisation, on dĂ©crĂ©dibilise la dĂ©marche. Nous, on s’engage sur des projets, que nous livrons dans les dĂ©lais", rĂ©sume Arnaud Lacaze.

La DGME porte d’ailleurs ces projets sur son budget propre. Et toujours en partenariat avec de nombreux interlocuteurs : ministères, collectivitĂ©s, Caisse des dĂ©pĂ´ts. "Nous faisons des tours de table avec les ministères et ne manquons pas de les interpeller quand ils ne vont pas assez vite", complète Arnaud Lacaze. Le dĂ©fi Ă©tant d’éviter que chaque ministère agisse dans son coin. Histoire de donner naissance Ă  une administration en rĂ©seau.

Xavier Sidaner

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