E-administration : la fin des giga plans

Lancée dans les années 2000 à grands renforts de publicité, l’administration électronique se développe aujourd’hui sans tambour ni trompette. Malgré plusieurs succès, l’administration en réseau promise par les technologies de l’information tarde à voir le jour. Sans plan, ni moyens financiers conséquents…
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Les agents mal accompagnés
Les partisans de l’administration électronique peuvent se réjouir. "Aujourd’hui, toute l’administration est électronique", s’exclame l’expert Georges Chatillon, universitaire spécialiste du numérique. Un véritable changement de paradigme serait à l’œuvre, y compris aux confins des services publics. Un bouleversement dû à l’apparition d’Internet, qui a modifié les modes de communication et de travail au sein même de l’État. Aujourd’hui, tous les documents sont numérisés, les bureaux sont truffés d’imprimantes en réseau, la téléphonie mobile accompagne nombre d’agents au quotidien, etc.
Bref, c’est bien toute "l’administration qui s’est informatisée", poursuit l’universitaire, enthousiaste. Oubliées, les premières craintes suscitées par l’apparition d’Internet dans les administrations. Souvenez-vous, 1997, année du Web ! Cette année-là , Lionel Jospin, alors Premier ministre, annonce l’entrée de la France dans la “société de l’information” lors d’un discours à Hourtin. "Pour répondre à l’exigence démocratique de transparence de l’État, un accès plus aisé à l’information publique est indispensable", relevait-il. S’ensuivit une période faste pour l’e-administration, à grands renforts de plans de com’ et de milliards.
Sans plan d’ensemble
Dès 1998, est lancé le programme d’action gouvernemental pour la société de l’information, le PAGSI, qui prévoyait la généralisation de sites Internet publics et l’accès aux formulaires administratifs. Lui succède en 2002 le plan RE/SO 2007, axé sur la dématérialisation des procédures. Il s’accompagne de la création d’une agence dédiée, l’agence pour le développement de l’administration électronique (Adae), le 21 février 2003. Une consécration pour l’administration électronique, incarnée par le fameux programme Adele, directement rattaché à Matignon.
Depuis, l’eau a coulé sous les ponts, entrainant l’Adae dans son sillage. Non seulement il n’y a plus d’agence, mais il n’y a plus de plan. L’élan du départ semble retombé, malgré une numérisation toujours plus forte. "Nous avons tous les outils techniques et juridiques, mais nous manquons de plan, d’objectifs et de moyens", estime Georges Chatillon. À l’entendre, le rattachement de l’Adae à Bercy a "tué" l’agence. L’administration électronique n’étant pas la préoccupation première du ministère du Budget, malgré les gains de productivité attendus grâce à l’administration en ligne.
Depuis cinq ans, c’est le scepticisme qui prédomine chez les acteurs. Pour François Fondard, président de l’UNAF, association qui défend les intérêts des familles, "on ne sait plus où l’on va, ni si l’administration électronique est une locomotive". Les associations représentant le monde du handicap, telle que l’Unapei, sont sur la même longueur d’ondes, alors que l’accessibilité est essentielle pour les victimes de la vie. Jacques Sauret, ancien directeur de l’Adae, a le sentiment que "faute de volonté politique, l’État se contente de poursuivre sur sa lancée", faisant allusion au plan Adele pour la période 2004-2007, doté de 1,8 milliards d’euros, et qui permit à la France de se hisser aux meilleures places des classements internationaux.
Des ministères frileux
Depuis deux ans, l’administration électronique n’a pas donné lieu à un nouveau plan de bataille. Formellement, elle est rattachée depuis 2005 à la Direction générale de la modernisation de l’État (DGME), à travers un service baptisé "projets d’administration électronique". Sous la houlette de Bercy, ce service d’une quinzaine d’agents accompagne les ministères dans leurs stratégies de transformation. "Nous sommes des incubateurs, nous lançons des produits que l’on fait grandir avant de les transférer à l’extérieur", relate Arnaud Lacaze, chef de service à la DGME. Un bon exemple : l’état-civil et le changement d’adresse en ligne ont été délégués à La Documentation française.
Autre mission à la charge de la DGME : identifier avec les ministères les leviers de modernisation les plus adaptés. Leviers ? Le mot interpelle un expert : "c’est insuffisant, ça n’en fait pas un chantier." Signe de la réduction de voilure : le terme "administration électronique" figure à peine dans les documents de la Révision générale des politiques publiques (RGPP). En clair, inutile d’attendre la mise en œuvre d’un énième plan global de la part de la DGME. "La faiblesse de la planification réside dans la capacité de réalisation. Si on continue à lancer des idées sans concrétisation, on décrédibilise la démarche. Nous, on s’engage sur des projets, que nous livrons dans les délais", résume Arnaud Lacaze.
La DGME porte d’ailleurs ces projets sur son budget propre. Et toujours en partenariat avec de nombreux interlocuteurs : ministères, collectivités, Caisse des dépôts. "Nous faisons des tours de table avec les ministères et ne manquons pas de les interpeller quand ils ne vont pas assez vite", complète Arnaud Lacaze. Le défi étant d’éviter que chaque ministère agisse dans son coin. Histoire de donner naissance à une administration en réseau.
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