13/07/2010

Arroseur arrosé

par Pierre-Marie Vidal, directeur de la rédaction

C’est fait, finalement tout à fait comme prévu, le Conseil des ministres a examiné et approuvé le projet de loi de réforme des retraites pour qu’il soit soumis aux commissions compétentes de l’Assemblée nationale et du Sénat, avant d’être discuté par le Parlement en séance plénière à partir du 7 septembre. Objectif inchangé : une adoption définitive programmée pour la fin du mois d’octobre.

Un projet qui, sur l’essentiel – nouvelle règle des 62 ans et équilibre, à terme, des cotisations public-privé –, n’a pas dévié de ses intentions d’origine. Un projet qui aura donc, à la fois, résisté aux journées de manifestation et à la tourmente de l’affaire Woerth.

Une affaire dont on peut se demander si sa programmation, censée venir à point nommé affaiblir le ministre du Travail, n’aura pas fini par produire plus d’inconvénients que d’avantages pour les opposants au projet de loi.

François Chérèque, le secrétaire général de la CFDT, le reconnaît : "Ce n’était pas dans notre rôle d’attaquer M. Woerth sur les affaires" et de rappeler, ce qu’il lui était difficile de faire durant ces deux dernières semaines : "Nous ne nous laisserons pas détourner du problème de la réforme des retraites. M. Woerth est en charge de cette réforme, qui est mauvaise et injuste, et notre priorité est là."

Quant à la poursuite de la concertation entre Éric Woerth et les syndicats, le dirigeant de la CFDT constate que depuis le début de l’affaire, il ne voit effectivement plus le ministre, regrettant que la négociation ait été ainsi mise entre parenthèses.

Le ministre du Travail se serait certainement passé de cette diversion, mais l’opposition, qui comptait tirer parti de son affaiblissement pour gagner des points dans cette négociation, n’en aura finalement tiré aucun sur le fond du dossier. L’opération s’est même, sans doute, retournée contre ses auteurs, détournant les projecteurs du dossier des retraites et de leurs revendications. Pire : contre toute attente, le ministre du Travail pourrait bien avoir gagné en sympathie dans l’opinion publique, ce qui pourrait lui donner plus d’autorité pour mener la réforme à son terme.

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