16/02/2010

Conflits d’intérêts

par Pierre-Marie Vidal, directeur de la rédaction

Non sans satisfaction et sans doute consciente du fait qu’elle n’aura probablement pas à assurer le deuxième volet, Roselyne Bachelot vient de boucler la première partie du plan Hôpital 2012. Au total, les aides accordées depuis 2007 pour cofinancer des projets de modernisation d’hôpitaux s’élèvent à 2,2 milliards d’euros. Principaux projets retenus : la rénovation des bâtiments, les regroupements d’établissements ou de services et la modernisation des systèmes d’information. Une ministre qui aura su engager avec succès la réforme de l’hôpital et dont le bilan risque malheureusement d’être entaché par la gestion du dossier de la grippe A.

Avec 94 millions de vaccins achetés et seulement 5,5 millions de personnes vaccinées, force est de reconnaître que le bilan est calamiteux. À tel point que le Sénat demain, sans doute l’Assemblée nationale d’ici quelques jours, votera le principe de la constitution d’une commission d’enquête qui aura pour objectif de faire la lumière sur le rôle des firmes pharmaceutiques dans la gestion de la grippe A par le gouvernement et plus précisément, comme l’indique le sénateur (Parti de Gauche) de Loire-Atlantique François Autain, sur “ces liens incestueux”, déplorant que ceux “qui conseillent les laboratoires sont souvent ceux qui conseillent les gouvernements”.

Au même moment, La Poste, associée à la société Santéos, filiale du groupe Atos Origin, annonce sa candidature pour l’hébergement du dossier médical personnel (DMP). Le choix du prestataire étant confié à l’Agence des systèmes d’information de santé partagés (ASIP). Une agence dont le directeur Jean-Louis Robin, nommé non sans une certaine controverse en 2008 par Roselyne Bachelot, n’est rien d’autre que l’ancien actionnaire de la société Uni Médecine rachetée en 2007 par Atos Origin et immédiatement rebaptisé Santéos. Jean-Louis Robin ayant assuré la direction générale de la société Santéos, ce “pantouflage inversé” n’est-il pas incompatible avec la passation d’un tel marché avec son ancien acheteur et employeur ? Personne ne semble s’en soucier. Il y a donc fort à parier que la commission parlementaire sur la gestion de la grippe A ne soit pas au bout de ses surprises lorsqu’elle se penchera sur les relations entre industriels et pouvoir publics dans le monde de la santé.

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