La politique d’immigration est mal comprise
Rupture ou continuité dans lapolitique d’immigration du gouvernement ? Presque deux ans après l’élection de Nicolas Sarkozy à l’Élysée et trois mois après le remplacement de Brice Hortefeux par Éric Besson au ministère de l’Immigration, l’Ifop a interrogé les Français sur cette question. Globalement, ils expriment des jugements très partagés. Une très courte majorité de personnes interrogées (51%) appréhende la politique du gouvernement à l’aune de la "rupture" sarkozyenne alors que pour 47%, cette politique s’inscrit plutôt dans la "continuité". L’opinion ne parvient donc pas à véritablement trancher, signe peut-être d’une difficulté à parfaitement évaluer l’action des pouvoirs publics en matière d’immigration.
Le jugement sur la politique d’immigration du gouvernement
Question : D'après ce que vous en savez, la politique d'immigration mise en Ĺ“uvre par le gouvernement s'inscrit-elle dans la continuitĂ© de celles des gouvernements prĂ©cĂ©dents ou marque-t-elle une vĂ©ritable rupture ? Â
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Deux clivages profonds
L’analyse des résultats par catégories sociodémographiques et familles politiques révèle toutefois deux clivages profonds. On observe d’une part une fracture générationnelle : 63% des personnes âgées de moins de 25 ans perçoivent la politique d’immigration en termes de rupture avec celle des gouvernements précédents alors que seuls 45% des interviewés de plus de 65 ans partagent ce jugement. Se fait jour, d’autre part, un clivage partisan, dans la mesure où 56% des sympathisants de gauche appréhendent cette politique migratoire sous l’angle de la rupture contre moins d’un proche de la droite ou de l’UMP sur deux (45%). Tout se passe comme si, à l’analyse de ces clivages, les soutiens traditionnels du gouvernement – personnes âgées, sympathisants de droite, mais aussi habitants des communes rurales –, en décryptant majoritairement la politique d’immigration en termes de continuité, n’osaient pas reprendre à leur compte le concept de rupture, cher au président de la République. Le sentiment d’une continuité peut également être expliqué au regard de la politique d’immigration menée depuis 2002, notamment par… Nicolas Sarkozy, comme ministre de l’Intérieur.
L’adhésion à l’instauration d’objectifs chiffrés en matière de reconduites aux frontières
Question : Pour lutter contre l’immigration clandestine, êtes-vous favorable ou défavorable à l’instauration d’objectifs chiffrés en matière de reconduites aux frontières ?
Non aux objectifs chiffrés
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À l’inverse, il est frappant de constater que ce sont les segments les plus critiques à l’encontre de l’action des pouvoirs publics en matière d’immigration qui positionnent le plus cette dernière sur le terrain de la rupture.
On constate par ailleurs que la perception la plus forte de la politique d’immigration sous l’angle de la rupture émane des personnes interrogées vivant dans des communes au sein desquelles le taux d’étrangers hors Union européenne est supérieur à 9% (58% contre 47% pour ceux des communes comprenant de 1% à 4,9% d’étrangers).
Au-delà de cette fracture de l’opinion, les aspects de la politique gouvernementale visant à lutter contre l’immigration clandestine font l’objet de jugements nettement plus tranchés et largement défavorables. Ainsi, une nette majorité de personnes interrogées (59%) se déclare opposée à l’instauration d’objectifs chiffrés en matière de reconduites à la frontière. Il est à noter que la part des plus réfractaires à cette mesure, récemment défendue par Éric Besson, atteint plus du tiers des interviewés. À l’inverse, cette mise en place d’objectifs chiffrés rencontre l’approbation de 4 personnes interrogées sur 10, même si à peine 12% se disent "tout à fait favorables" à son égard.
Front du refus
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Dans le détail des réponses, on retrouve un "front du refus" face à la mise en place de ces objectifs, constitué des segments de la population traditionnellement opposés à la politique gouvernementale sur l’immigration, à savoir les jeunes (65% desmoins de 35 ans apparaissent défavorables à cette mesure), les catégories socioprofessionnelles intermédiaires et supérieures (professions libérales et cadres supérieurs : 80% de rejet, professions intermédiaires : 74%) et les sympathisants de gauche (75% voire 85% parmi les proches du Parti communiste français). Relevons également l’opposition très nette exprimée par les interviewés (75%) vivant dans des communes au sein desquelles le taux d’étrangers hors Union européenne est supérieur à 9%.
À l’inverse, l’instauration d’objectifs chiffrés en matière de reconduites aux frontières rencontre le soutien d’une courte majorité de personnes de plus de 65 ans (54%) et surtout de sympathisants de l’UMP (60%). Mais c’est au sein du Front national que cette mesure fait l’objet de la plus forte approbation (86%).
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Effet "Welcome"
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Enfin, cette question suscite des fractures en fonction de l’appartenance religieuse, sans doute du fait des conséquences humanitaires qui lui sont liées. Ainsi, approuvée par une courte majorité de catholiques pratiquants (51%), la mise en place d’objectifs chiffrés de reconduite aux frontières est défavorablement jugée par les catholiques non pratiquants (53%), personnes d’autres religions (67%) et individus se déclarant sans religion (74%).
Les perceptions des personnes interrogées dans le cadre de cette enquête se tendent davantage lorsqu’on les interroge sur une dimension plus personnelle, voire relevant de la sphère privée, à savoir la nécessité de sanctionner les Français venant en aide aux personnes entrées clandestinement en France. Cette question, récemment placée sur l’agenda politico-médiatique après la sortie du film Welcome, puis les réactions du ministre de l’Immigration et les pétitions défendant l’aide aux clandestins, est appréhendée de manière homogène dans l’opinion.
77% des interviewés se prononcent contre les sanctions à l’encontre de Français amenés à aider des personnes entrées clandestinement en France, une majorité (45%) se déclarant même tout à fait opposée à ces sanctions. Seuls 22% des sondés les approuvent.
Compte tenu de ce rejet massif, on ne trouve pas la moindre catégorie de population appelant majoritairement à la mise en place de sanctions, à l’exception notable des sympathisants du Front national (65%). Relevons à cet égard que les sympathisants du parti présidentiel se démarquent nettement en s’opposant au principe de sanctions (69%). Le refus de voir des Français sanctionnés pour avoir aidé des personnes entréesclandestinement sur le territoire s’avère quasi unanime chez les sympathisants de gauche (89%).
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La nécessité de sanctionner les Français venant en aide aux personnes entrées clandestinement en France
Question : Selon vous, faut-il sanctionner les Français qui viennent en aide aux personnes entrĂ©es clandestinement    Â
Frédéric Dabi
Directeur du département opinionet stratégies d’entreprise de l’Ifop
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Sondage rĂ©alisĂ© auprès d'un Ă©chantillon de 958 personnes, reprĂ©sentatif de la population française âgĂ©e de 18 ans et plus.Â
La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de famille) après stratification par région et catégorie d’agglomération.
Les interviews ont eu lieu par tĂ©lĂ©phone au domicile des personnes interrogĂ©es du 9 au 10 avril 2009.Â
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