Chasseurs de coût : un pied dans les collectivités

Face à une équation budgétaire plus que délicate, les collectivités découvrent les charmes des cabinets privés de chasseurs de coûts. Un métier d’avenir ? Rencontres avec ces consultants d’un nouveau genre.
Le dernier Congrès des maires en novembre a de nouveau été l’occasion pour l’État de dénoncer la gabegie des collectivités, accusées de dépenser sans compter. Néanmoins, certains semblent s’inscrire en faux contre cette dérive. Il faut dire qu’entre les dotations de l’État qui baissent, l’augmentation des transferts de charges, sans oublier la crise qui pèse sur l’investissement et l’immobilier, la conjoncture ne leur laisse guère le choix.
Fait nouveau, les collectivités n’hésitent plus à faire appel à des cabinets privés “d’ingénierie” pour les aider à faire des économies. Certains, plutôt habitués à traiter avec des entreprises privées, ont senti le vent tourner et se sont engouffrés sur ce marché très porteur. Les offres de prestations se multiplient. Entre les “gros” cabinets et la multitude de consultants indépendants, les collectivités n’ont que l’embarras du choix. “Il y a de la place pour tout le monde”, lance Frédéric Duval, directeur du développement chez Eligeo, filiale de GSM Consulting dédiée exclusivement au secteur public. Pour ces acteurs du secteur public local, salons et congrès qui balisent leurs agendas sont un bon moyen de nouer contact, même si les cabinets ne se privent pas de démarcher eux-mêmes les collectivités. Chez Cristal Décision, une poignée de commerciaux est chargée de faire de la prospection. Chez Eligeo, une trentaine de collectivités ont été identifiées comme un noyau dur de clients potentiels. Les cabinets emploient en outre beaucoup d’anciens agents territoriaux qui connaissent les besoins. Après un premier contact, les chasseurs de coûts fixent un rendez-vous avec le DRH, le DGS ou le directeur financier, afin d’affiner en amont les cahiers des charges.
Le “cost-killing” dépassé
Ce type de discussion informelle permet au cabinet d’affiner son offre en cernant au mieux les besoins des collectivités. Une technique “marketing” qui n’est pas sans présenter un intérêt certain au moment de répondre à un marché. Marquées du sceau de la transparence, ces prestations ne s’effectuent pas en dehors de tout cadre réglementaire, mais sont soumises au code des marchés publics. Soit en général via un marché “à procédure adaptée”, variant entre 90 000 à 206 000 euros selon le niveau de prestations. Les recherches d’économies concernent en général trois secteurs : l’énergie, le patrimoine et les charges sociales. Quelques cabinets, à la demande expresse des élus, interviennent néanmoins sur un panel plus large. La ville de Dijon (Côte-d’Or) vient ainsi de lancer un appel d’offres sur l’énergie, les travaux, la flotte automobile et les déchets auprès d’un prestataire unique. D’autres se concentrent uniquement sur la thématique “achat” ou “charges sociales”, comme Pantin (Seine-Saint-Denis).
Quelque soit l’objet des prestations, la philosophie guidant les cabinets est toujours la même : “Nous ne sommes pas là non plus pour couper des têtes”, précise Frédéric Duval. Dans le secteur public, les mots ont leur importance. Parler de “cost-killing” serait outrancier et inexact. Les différents cabinets interrogés font bloc. “Nous sommes des acteurs responsables et ne nous inscrivons pas dans une démarche simpliste”, souligne Ayrald Berthod, directeur général de Cristal Decision. “Le cost-killer, qui, entre deux modèles de véhicules, dirait d’acheter le moins cher, se tromperait”, poursuit-il.
Il faut tenir compte des logiques de coût global et de l’aspect environnemental. De plus, dans le monde des collectivités locales, l’approche “cost-killing” ne peut prospérer, étant donné que les agents sont protégés par le statut de la fonction publique. Les cabinets de conseil ne mènent pas de missions bêtes et méchantes, armés d’une calculette, mais accompagnent les collectivités jusqu’au bout du processus. Le tout avec un souci de discrétion et de respect de la gestion interne de la collectivité. L’objectif est également que les fonctionnaires s’approprient l’expertise. “À condition qu’en haut lieu la collectivité impulse le mouvement”, relate Arthur Cramer d’Ineum Consulting. Un transfert de savoir précieux pour l’avenir.
Une rémunération avantageuse
Là n’est pas le seul avantage des démarches de réduction des coûts. Le mode de rémunération des cabinets en est un autre. Alors que le conseil traditionnel rend ses conclusions et se fait payer, les cabinets d’ingénierie spécialisés dans la chasse des coûts, eux, font des recommandations sur des économies potentielles. Et ce n’est qu’une fois que les économies sont effectivement réalisées que le cabinet prend un pourcentage défini en général en amont. Mais toujours avec le souci de rester dans le plafond des marchés. Les collectivités n’ont donc rien à débourser et se contentent d’inscrire une recette au budget.
“Mais attention au décalage dans le temps du paiement de la prestation”, pointe Arthur Cramer. Pour contrer ce désavantage, une partie de rémunération forfaitaire est parfois pratiquée. Au final, la procédure se déroule sans accroc et les risques de contentieux sont assez faibles. Le client lui est quasiment assuré d’être gagnant. “Nous avons récupéré près de 200 000 euros d’exonérations de charges sur nos feuilles de paye auprès de l’Urssaf”, se réjouit Nicolas Naulin, DRH de la ville de Pantin. Du “cost-winning”, en somme…
Une prestation en 6 étapes
1 Réunion de lancement entre les responsables de la collectivité et les consultants du cabinet
2 Finalisation de la prestation par les consultants
3 Déroulement de l’audit
4. Remise des préconisations d’économies à la collectivité
5 Phase opérationnelle
6 Transfert de savoir-faire


















