Le bras de fer du TGV

La SNCF veut faire dérailler l'augmentation des péages de Réseau Ferré de France décidée par le gouvernement.
Face à une dégradation de ses résultats, la SNCF entend remettre en cause toutes les lignes déficitaires, y compris TGV. Dans son projet de budget 2010, la direction de la SNCF évoque une première vague de reconfigurations et de suppressions de dessertes, ciblées sur les relations TGV structurellement déficitaires, notamment les intersecteurs Nord-Est et Est-Atlantique. Outre la desserte d’Arras, les liaisons Lille-Strasbourg, Nantes-Strasbourg et Bordeaux-Strasbourg sont bel et bien menacées...
Tollé immédiat chez les élus des villes et des régions concernées. Pire que la perte d’un régiment ou la fermeture d’une maternité, l’accès au TGV est aujourd’hui un tel gage de développement local qu’aucun d’entre eux ne peut accepter la moindre mesure de réduction en la matière. Effet garanti, la SNCF le sait, et compte sur l’émotion générale créée par une telle perspective pour infléchir les exigences tarifaires de Réseau Ferré de France, son bailleur de rail. Car c’est bien de cela dont il s’agit, la SNCF veut faire dérailler l’augmentation annoncée des péages décidée par le gouvernement pour financer la rénovation du réseau ferré. Et pourtant, lesdits péages ne couvrent pas la moitié des coûts...
Au-delà des tarifs de RFF, le message à destination des élus locaux est simple : si Réseau Ferré de France continue à augmenter ses tarifs, il faudra avoir recours à la subvention publique. Alors que les collectivités, qui ont participé au financement des lignes nouvelles, considèrent qu’elles ont déjà payé, voici une partie du modèle économique du TGV ramené au rang des corails et autres intercités : pas de desserte sans subvention.
À trois mois des régionales, la SNCF offre à l’opposition un sujet de débat sur sa vocation et sa capacité à assurer des missions de service public dont le gouvernement se serait sans doute passé. Avec l’ouverture du trafic ferroviaire à la concurrence, la SNCF n’a pourtant pas d’autres choix si elle veut arriver à consacrer sa marge bénéficiaire à faire face à une concurrence qui arrive à grande vitesse.


















