Au bord de la crise de nerfs
“La Révision générale des politiques publiques (RGPP) pose la question fondamentale du regard que l’on porte sur la notion de service public”, explique en préambule Agnès Saal, directrice générale du Centre Pompidou, avant de revenir en arrière.
“En 2006, à l’issue d’un conflit social, nous avons obtenu 65 créations nettes d’emploi sur trois ans.” L’engagement a été tenu : fin 2009, ces 65 postes ont bel et bien été créés… “Jusqu’à ce que notre ministère de tutelle nous informe qu’à partir de 2010, nous serions soumis à la contrainte commune du non remplacement d’un départ à la retraite sur deux.”
Ce qui, compte tenu de la pyramide des âges de cet établissement créé en 1977 – 40 % des effectifs devraient partir à la retraite dans les dix ans – se traduirait, dès 2010, par 26 suppressions d’emploi.
Résultat immédiat : le Centre Pompidou se met en grève le 23 novembre 2009.
“Nous avons expliqué la difficulté que nous avions à appliquer la règle du 1 sur 2 et le risque d’explosion sociale que cela pouvait engendrer, se souvient la directrice, et il faut croire que la tutelle nous a entendus, puisqu’elle a très vite proposé de ne supprimer que 18 emplois.” Pas de quoi calmer des syndicats qui ont toujours vu les conflits sociaux aboutir sur un accord répondant plus ou moins à leurs revendications.
Le conflit s’est enlisé, obligeant le Centre à fermer ses portes pendant 24 jours. Au grand regret d’Agnès Saal : “Les partenaires sociaux n’ont pas compris que nous n’obtiendrions rien de plus, l’État étant déterminé à soumettre tous les établissements au même régime.”
Ce qui n’empêche pas la directrice de défendre la spécificité de son établissement : “En théorie, le non remplacement d’un départ à la retraite sur deux correspond à  1,5 % de gain de productivité. Avec notre pyramide des âges, nous sommes plus proches de 3 %. Ce n’est pas tenable sur la distance.”
Agnès Saal estime donc raisonnable de rester dans la fourchette de 1,5 %, qui se traduit par une perte nette de 16 emplois par an. Elle souhaite surtout connaître l’horizon temporel de la RGPP : “Pour le moment, nous pouvons encore nous adapter. Mais nous allons très vite devoir faire des choix. Si la réduction de notre budget de 10 % sur trois ans est confirmée, nous devrons réduire la voilure et toucher au cœur même de notre activité : la programmation culturelle.” Réponse à la rentrée.
S.G.
Statut : Établissement public national à caractère culturel
Tutelle : ministère de la Culture
Effectifs : 1 100 agents (en équivalent temps pleins)
Budget 2010 : 110 millions d’euros


















