Les opérateurs sous pression

Les établissements publics sont soumis aux mêmes objectifs de réduction des dépenses que leurs ministères de tutelle - 10 % en trois ans. L’hétérogénéité des situations suscite quelques frictions.
Même motif, même sanction : les 643 opérateurs de l’État – ces établissements publics sous tutelle d’un ou plusieurs ministères – sont soumis au même régime que les ministères. La Révision générale des politiques publiques (RGPP) s’y applique dans des termes quasi-identiques, avec deux priorités : la réduction de 10 % des dépenses de fonctionnement et le non remplacement d’un départ à la retraite sur deux (ou une suppression d’1,5 % des postes chaque année). Des audits sont progressivement menés dans chacun des établissements pour s’assurer que leur budget triennal 2011-2013 sera conforme aux priorités de l’État.
Un tel régime sec ne se fait pas sans heurts : les partenaires sociaux fustigent une application purement comptable de la RGPP, n’intégrant pas suffisamment les spécificités de certains établissements en termes de croissance de l’activité ou de pyramide des âges du personnel.
Grégoire Virat, expert du cabinet de conseil Eurogroup, est pourtant convaincu que l’objectif de réduction des dépenses et d’amélioration de la productivité est plus facile à mener chez les opérateurs que dans les administrations régaliennes : “Parce que leur taille – de quelques centaines à quelques milliers d’agents – est plus facile à manier. Et parce qu’ils disposent de relais de croissance et de sources de revenus privés spécifiques : partenariats, mécénats, développement de nouvelles activités, etc.”
Agents démotivés
La mise en œuvre de la RGPP chez les opérateurs de l’État n’en soulève pas moins de nombreuses questions. “Il n’est pas toujours facile de rester dans le cadre contraignant du non remplacement d’un départ à la retraite sur deux quand on a des besoins spécifiques, plaide François Jacq, P.-D.G. de Météo-France. Quand un ingénieur ultra-spécialisé part à la retraite, on ne peut pas faire l’impasse de son remplacement.”
De même, dans des structures de taille réduite, la mobilité interne est forcément plus difficile à gérer. Ne pas tenir compte de ces réalités est un véritable risque. “On ne peut pas faire des économies contre les agents, estime Pierre Ulrich, directeur des ressources humaines du Centre national d’études spatiales. Cela finit toujours par être contre-productif : un salarié qui a le sentiment de vivre des choses illégitimes est démotivé.”
Enfin, un objectif d’économie peut, certes, être mobilisateur en période de crise. Mais il faut ensuite trouver autre chose : “des facteurs d’adhésion, donc des projets d’avenir, plus positifs”, poursuit Pierre Ulrich. Une dynamique indispensable pour tenir la distance…
Sabine Germain
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Chiffres
- 643 opérateurs de l’État, dont 498 opérateurs principaux et 145 opérateurs secondaires
- 12 statuts juridiques différents, dont 57 % d’EPA (établissements publics nationaux à caractère administratif), 20 % d’EPSCP (établissements à caractère scientifique, culturel et professionnel), 8 % d’associations, 6 % d’Epic (établissements public à caractère industriel et commercial), 5 % de GIP (Groupements d’intérêt public)
- 370 626 emplois (en équivalents temps plein)
- 42,6 milliards d’eurosde budget


















