Trente personnalités répondent

Trois ans après le lancement de la Révision générale des politiques publiques (RGPP), Acteurs publics a sollicité l’avis de trente personnalités sur le bilan de cette vaste réorganisation des services publics. Toutes ont accepté de répondre aux deux mêmes questions. Les regards portés varient du tout au tout, selon la place occupée sur l’échiquier politique ou social.
Claude Guéant, secrétaire général de la présidence de la République
1- Quel élément principal retenez-vous de trois ans de RGPP et de
réorganisation des services publics ?
“L’aptitude au changement. L’administration a démontré en trois ans sa capacité à se remettre en cause, à se réorganiser, à se moderniser pour mieux servir les Français et faire des économies. Cette transformation témoigne de la grande qualité et du courage de notre fonction publique. Sans le réformisme et le sens de l’intérêt général des fonctionnaires, jamais la fusion des impôts et du trésor public, la réforme de la carte judiciaire ou la nouvelle organisation des services déconcentrés de l’État n’auraient été possibles".
2- Quelle doit être la prochaine étape de la réforme de l’État ?
"Tout à la fois un approfondissement et un élargissement de la RGPP. Pour l’État, de nouvelles mesures de modernisation des politiques publiques seront arrêtées très prochainement. Mais cette discipline doit s’étendre à ses opérateurs, aux hôpitaux, aux caisses de Sécurité sociale et aux collectivités locales. Enfin, la qualité du service aux usagers sera renforcée, par de nouvelles simplifications, l’accélération des procédures, davantage de transparence sur les résultats des administrations.”
Didier Migaud, Premier président de la Cour des comptes
1- Quel élément principal retenez-vous de trois ans de RGPP et de
réorganisation des services publics ?
“La RGPP lancée en 2007 avait pour ambition de remettre à plat les dépenses publiques par une évaluation de l’efficacité et éventuellement de l’utilité de chaque mission de service public, avec l’objectif de retrouver des marges de manœuvre budgétaire. Mais ces premières ambitions ont rapidement été réduites à un exercice de réorganisation des administrations, qui est certes souvent utile, mais dont l’impact budgétaire est relativement limité.
Même la mesure emblématique de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite a eu un effet réduit. D’autant que cette mesure ne s’appliquait jusqu’à récemment qu’aux seuls effectifs de l’État, avant d’être étendue à ses opérateurs. La fonction publique territoriale n’est quant à elle pas concernée par cet objectif, alors qu’elle a crû sensiblement ces dernières années.
Les obstacles à la mobilité des agents rendent également difficile la réduction des effectifs de l’État, car ils empêchent souvent de les redéployer entre les services. Il faut ainsi continuer à augmenter les effectifs dans des administrations où ils sont insuffisants alors qu’ils sont excessifs ailleurs.
Dès lors, les économies escomptées de la RGPP se chiffrent en milliards d’euros alors que les efforts nécessaires pour redresser les comptes publics s’élèvent à des dizaines de milliards d’euros. Il faudrait donc aller au-delà de ces efforts, certes louables, mais insuffisants. Les pays qui ont assaini leurs finances publiques sont parvenus à remettre en débat non seulement les dépenses de fonctionnement des administrations publiques, mais aussi l’ensemble de leurs interventions.”
Michel Rocard, ancien Premier ministre
1- Quel élément principal retenez-vous de trois ans de RGPP et de
réorganisation des services publics ?
“La réforme de l’État, ça n’existe pas. Une vraie amélioration du fonctionnement de l’État en France ne pourrait résulter que du succès cumulé de 200 à 250 réformes ponctuelles distinctes touchant spécifiquement dans chaque domaine de l’action publique les missions, les procédures, la responsabilisation des agents, l’organisation de leurs carrières, l’évaluation permanente des résultats, les normes comptables… De ce fait, s’agissant de la RGPP, je me méfie d’une intention aussi ample : qui trop embrasse mal étreint.
En outre pour bien évaluer les politiques publiques il eut fallu partir d’une redéfinition claire et détaillée des missions que l’État se donne au XXIe siècle, d’où résulterait la liste de celles qu’il ne juge plus nécessaire.
Mais réviser une par une l’ensemble des politiques publiques, en n’ayant pour chacune comme références que ses propres textes fondateurs, eux-mêmes répartis sur un demi-siècle, me semble une aventure ambiguë.
Ce ne peut être qu’une nouvelle occasion pour le trop puissant ministre des Finances d’écheniller une nouvelle fois ce qui, à lui, lui paraît inutile. Mais je ne vois guère comment cette procédure permet au peuple souverain et à ses représentants de confirmer ou non le sens et l’orientation de chacune des politiques. L’inspiration technique ne suffit pas à réformer l’État, il y faut du souffle politique.
2- Quelle doit être la prochaine étape de la réforme de
l’État ?
"Retrouver une plus grande équité, prélever à la source tout ce qui peut l’être, préserver l’appareil productif, l’innovation et l’investissement, redonner à chaque collectivité une ressource dominante majeure dont elle fixe le taux, centrer de plus en plus nos prélèvements sur les consommations d’énergie et les pollutions plutôt que sur le travail, tous ces chantiers sont d’une telle urgence qu’il m’arrive de me demander si d’autres chantiers ne sont pas ouverts pour détourner l’attention de celui-là, parce qu’il est vraiment difficile."
Propos recueillis par Laurent Fargues, Pierre Laberrondo et Xavier Sidaner


















